L’accord d’Evian, il y a 60 ans

L’ancien Hôtel du Parc, au bord du lac Léman, à la frontière entre la France et la Suisse, est le lieu où, après près de deux ans de négociations secrètes, le 18 mars il y a soixante ans, le général Charles de Gaulle de France et le gouvernement provisoire de la République algérienne ont signé le traité historique d’Evian, mettant fin à la guerre qui a commencé en novembre 1954.

L’Algérie est devenue une colonie française en 1830 et, suite à la politique d’assimilation menée par le gouvernement parisien de l’époque, est reconnue comme province française. Déjà au milieu des années 1850, plus d’un million de Français et d’Européens s’y étaient installés, occupant une position privilégiée et de prestige par rapport à la majorité des Algériens.

En 1954, le mouvement indépendantiste né après la Seconde Guerre mondiale s’organise d’abord en Comité d’unité et d’action révolutionnaire puis en Front de libération nationale (FLN), décide de passer à la lutte armée. Dès le premier jour du conflit, l’Algérie réclamait toujours l’ouverture de négociations sans conditions préalables avec le gouvernement français et pour l’indépendance du pays, mais la réponse du ministre de l’Intérieur François Mitterrand de l’époque fut un refus.

Le 12 novembre 1954, le Premier ministre français Mendès-France déclare qu’il est impossible de « parvenir à un compromis » en termes de « maintien de la paix intérieure de la nation, de l’unité et de l’intégrité de la République ». Le département algérien fait partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et ils sont irrévocablement français (…), entre eux et la France métropolitaine aucune séparation n’est possible ».

Ben Tobal et Ben Yahia du Front de libération algérien arrivent à l’Hôtel du Parc d’Evian pour s’entretenir avec le gouvernement français, le 9 mai 1962 (Keystone/Getty Images)

Bientôt, la répression française est violente. En 1956, lorsque la France a accordé l’indépendance au Maroc et à la Tunisie, la bataille la plus célèbre de ce conflit a commencé, à savoir en Algérie : trois femmes ont posé des bombes à trois endroits différents de la ville fréquentée par les occupants français. Le gouverneur général de l’Algérie ordonna à l’armée d’utiliser tous les moyens et le 8 janvier 1957, 7 000 parachutistes entrèrent dans la ville et la loi martiale fut déclarée. D’un point de vue militaire, l’action a été couronnée de succès, mais la nouvelle selon laquelle, pour gagner la bataille, l’armée algérienne avait opéré avec des méthodes brutales s’est démarquée au niveau international et a commencé à soulever des questions sur la présence française dans le pays même.

A la fin des années 1950, le retour en politique du général De Gaulle marque un tournant dans le conflit. Initialement considéré comme le garant de l’Algérie française et très désiré par la soi-disant pied noir, les Algériens français s’opposent à l’indépendance, de Gaulle commence progressivement à revoir sa position, en vient à reconnaître, en 1959, le principe de l’autodétermination algérienne et parle, en 1960, d’« Algérie algérienne ». En novembre de la même année, il reconnaît le Front comme son interlocuteur légal.

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Ce changement de position a été vécu par les colons et certains militaires en Algérie comme une trahison, après des années de lutte acharnée contre les séparatistes. En janvier 1961, un référendum organisé dans la capitale algérienne aboutit à une majorité en faveur de l’autodétermination du pays et conduisit le gouvernement français à entamer secrètement des négociations avec le gouvernement intérimaire algérien. Lorsque la prochaine rencontre franco-algérienne a été annoncée en avril, un groupe de généraux français opposés au plan d’indépendance a pris le contrôle de l’aéroport, de la mairie et du gouverneur général algériens et a tenté d’organiser un coup d’État militaire. .

Le général de Gaulle rapporta à la télévision qu’une « force rebelle » s’était constituée en Algérie. Ses appels ont conduit à l’échec du coup d’État : des centaines d’officiers ont été démis de leurs fonctions, d’autres ont été arrêtés, et beaucoup ont rejoint l’Armée secrète, un groupe paramilitaire clandestin opposé à l’indépendance, et de Gaulle qui a mené une série de attentats aussi bien en Algérie qu’en France, et qui se sont poursuivis même après la signature du traité de paix.

Les négociations avec le Front de libération nationale, avec la Suisse comme médiatrice, reprennent dans la ville française de vian-les-Bains en mai 1961. Il y a deux réunions : la première du 20 mai au 13 juin et la seconde du 20 au 28 Juillet de la même année. . Le 18 mars 1962, les délégations française et algérienne se réunissent à nouveau et parviennent à signer un accord sur la cessation des hostilités et les arrangements pour l’avenir des deux pays.

Manifestation de soutien à la domination française en Algérie à Aïn Témoucent, avant l’arrivée du président Charles de Gaulle, 10 décembre 1960 (Agence France-Presse / Getty Images)

Le 1er juillet 1962, six millions d’Algériens votent au référendum sur l’indépendance : presque tous votent pour, et le 3 juillet de Gaulle proclame l’indépendance de l’Algérie. Cependant, le gouvernement provisoire de l’Algérie a choisi le 5 juillet comme jour de l’indépendance, pour commémorer l’anniversaire de la prise de l’Algérie par les troupes françaises le 5 juillet 1830.

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La guerre a fait plus de 400 000 morts chez les Algériens, près de dix fois plus que chez les Français. En 2018, l’actuel président Emmanuel Macron a admis pour la première fois que des membres de l’armée française étaient responsables d’actes de torture et de meurtres pendant la guerre d’Algérie, puis a décidé, en 2021, de déclassifier les documents classés pour des raisons de sécurité nationale relatifs à cette période. avant 1971, y compris ceux concernant la guerre d’Algérie.

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Albert Gardinier

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