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Société

SECURITE: La police de proximité face aux défis de la transformation urbaine




La police de proximité face aux défis de la transformation urbaine tentaculaire

La capitale connaît une extension irrépressible de son habitat et une explosion de sa population. Une des conséquences de ce double défi est l’insécurité qui devient hors de contrôle. Le renforcement et l’amplification de la police de proximité ne doivent-ils pas être envisagés comme une des réponses possibles aux problèmes de sécurité citadine ?

Bamako, sacrée ogresse insatiable ! La ville ne cesse d’attirer du monde. En plus de l’habituel exode rural volontaire motivé par l’espoir de faire fortune ou du moins de se défaire de l’infortune, notre capitale est « grossie » par le flux ininterrompu des populations qui fuient le péril djihadiste. Et ce n’est pas tout. Les ouest-africains affectionnent Bamako et s’y invitent, s’y fixent, s’y appellent. D’ailleurs, nationaux plus amis africains, combien sommes-nous ? 3 ou peut-être 4 millions. On est loin du compte de l’asphyxiante Lagos, certes. Mais, Bamako continue de s’étirer, de se dérouler, de « s’engraisser », de bouffer du territoire et d’enregistrer une densité démographique qui va crescendo.  Cet accroissement incontrôlé entraîne des difficultés importantes et concourt à complexifier les défis au niveau de l’habitat (bien entendu), de la circulation, de l’assainissement, de l’accès aux services sociaux de base.[][][]

Ce boom à multifacette sous-tend surtout une transformation comportementale. Plus les gens se regroupent, plus les modes de vie changent, les besoins nouveaux se créent, les activités économiques se multiplient, les exigences financières s’exacerbent en même temps que le coût de la vie devient cher et implacable.

 Or, en observant les conséquences néfastes de cette urbanisation débridée, on en vient à un constat : ces défis constituent le principal ressort de l’insécurité citadine.

Le sujet est au cœur des réflexions de la police nationale.

Quelles peuvent être les réponses appropriées face aux mutations de la ville ?

Les problèmes sont complexes et nécessitent une collaboration de plusieurs disciplines : sociologie, économie, géographie, pédagogie, criminologie, psychologie, politologie, urbanisme, journalisme etc.

Parmi les différentes méthodes que la police met en œuvre pour prévenir les problèmes inhérents aux mutations sociales, une approche est privilégiée depuis 15ans (il est vrai avec des résultats plus que mitigés) : il s’agit du concept de « Police de proximité. »

On peut définir la police de proximité comme étant une doctrine récente de la Police et/ou de la Gendarmerie ayant pour but d’ « instaurer une relation de confiance entre les forces de sécurité publique et les populations afin de juguler le sentiment d’insécurité pour aboutir à une véritable tranquillité publique. » Il s’agit de la réponse à la demande de sécurité exprimée au quotidien par les populations.

Aujourd’hui, la police de proximité est devenue une expérience transversale qui s’impose à toutes les forces de sécurité dans tous les domaines d’intervention : renseignement, informations, sécurisation, évacuation, maintien de la paix, etc.

Elle repose  sur six (6) piliers appelés 3P-3R : la prévention, préalable à la dissuasion et à la répression ; la proximité (une police au cœur de la population) ; le partenariat avec tous les autres acteurs ; la résolution des problèmes ensuite la recevabilité (obligation de rendre des comptes) et enfin le respect des droits de l’Homme.

Et pour son opérationnalisation, des modes d’action précis sont prévus : un maillage territorial bien identifié, la cohérence avec le découpage étatique par quartier ou par secteur ; le contact permanent avec la population ; le développement de la polyvalence de l’activité policière ; la responsabilisation du policier sur son secteur et enfin un service rendu de qualité. A ce sujet, quatre qualités principales sont requises du policier : le professionnalisme, le respect de la déontologie, le respect du public, le civisme.

 

La philosophie de police de proximité s’appuie sur la mise en place de« commissions par quartier pour améliorer la qualité du service rendu et assurer un lien entre la police et la population dans le cadre des services de police municipale. »Elle est impulsée par l’idée que « Plus d’anticipation et  une prévention ciblée permettent de faire baisser le taux de criminalité et d’instaurer un sentiment de sécurité dans le vivre ensemble. »

Elle appelle prioritairement à des démarches récurrentes de sensibilisation conduites par les agents de police, et elle préconise la pédagogie. C’est avant tout un travail constant consacré au changement de mentalité et de comportement.

Pour être accepté du public et bénéficier de sa sympathie, tous les actes décrits dans la démarche de la police de proximité s’inscrivent« sous l’angle du savoir, du savoir-faire et du savoir-être. »

La généralisation de la police de proximité peut améliorer la sécurité au cœur de nos quartiers. Elle peut aussi infléchir et positiver le regard communément méfiant des populations sur la police à laquelle est volontiers collée la double étiquette de « championne de l’abus » et de « spécialiste du racket.»

Mamadou  O Coulibaly, expert en sécurité,

 Mohamed Meba TEMBELY

 

 



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