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Santé

SANTÉ pourquoi nos dirigeants préfèrent se soigner à l’extérieur ?




Avec la Covid-19, plusieurs dirigeants africains ont évité les hôpitaux de leurs pays pour se soigner à l’extérieur du continent, après 60 ans d’indépendance. Les raisons ?

Ils ne manquent jamais une occasion de crier urbi et orbi qu’ils sont les étincelants champions de la modernisation du système de santé de leurs Etats respectifs. Et pourtant ! A la moindre migraine, les gouvernants africains, quoi qu’il en coûte aux caisses de l’Etat, ont généralement comme premier réflexe d’aller se faire consulter hors du continent. Allez donc faire un tour dans les plus coûteux hôpitaux de France, dans les huppés CHU d’Allemagne, dans les cliniques privées hors de prix de Turquie, ou encore dans les HEALTH CENTERS des USA ; et vous verrez que les registres des patients contiennent à l’infini les noms des dirigeants africains et de leurs apparentés. Le Mali ne fait pas  exception à une pratique très répandue et qui démontre un bien singulier paradoxe. Après  60 ans d’indépendance, nos élites dirigeantes font encore le choix d’éviter soigneusement nos hôpitaux !

En réalité, c’est que notre pays reste un Etat en manque criard d’infrastructures sanitaires de hautes qualités et en énorme déficit de plateau technique  adéquat. En réponse à cette équation qui illustre l’échec de notre classe dirigeante, nos « Massakè » et nos « Môkôba » n’ont trouvé de meilleures parades que de se soigner à l’extérieur du Mali. On peut citer les cas des présidents Moussa Traoré qui, en son temps, se faisait soigner en Algérie, d’Amadou Toumani Touré qui affectionnait la Turquie pour ses soins, et d’Ibrahim Boubacar Keita qui était un habitué des CHU de France et à Abu-Dhabi. Il y aussi le cas de Soumaïla cissé, de Modibo Keita…

Même si la teneur du bulletin de santé d’un chef de l’Etat est une information sensible, ces derniers doivent-ils snober autant les hôpitaux nationaux pour se soigner ? La vétusté du plateau technique, le manque  de confiance  sont des éléments  qui font fuir nos dirigeants de nos centres hospitaliers. Depuis son accession à l’indépendance, le Mali n’a pas encore construit un hôpital digne de ce nom. « L’hôpital Gabriel Touré, c'est l'hôpital le plus fréquenté du Mali et le plus important du Mali. C'est l'hôpital qui reçoit 100.000 patients par an, et dans cet hôpital aujourd'hui, trouver de l'alcool pour les soins, une paire de gants ou un simple papier pour faire la radiographie, est un luxe", selon Djimé Kanté, porte-parole du syndicat des travailleurs du CHU-Gabriel Touré. Incroyable !  Nos dirigeants en ont-ils conscience ? Oui, puisqu’ils l’évitent pour se faire soigner à l’extérieur. Un mépris pour le peuple.

 Ailleurs, en Afrique c’est pratiquement la même chose. C’est pourquoi l'avocat nigérian Femi Falana, est allé plus loin, au Nigéria, en disant : "Il y a quelques années, j'ai été obligé de saisir les tribunaux afin d'empêcher que les personnes qui ont une fonction publique partent à l'étranger pour se faire soigner sur les deniers publics. Même si le tribunal a déclaré que je n'avais pas de locus standi (la capacité de porter l'affaire devant les tribunaux), l'affaire est en appel. Nous devons parvenir à obtenir que si vous occupez une fonction publique au Nigeria, vous ne pouvez pas aller à l'étranger pour suivre un traitement médical (et) vous ne pouvez pas éduquer vos enfants à l'étranger. Si nous n'y parvenons pas, nous ne nous occuperons (jamais) de nos hôpitaux, ni de nos écoles."

On lit à peu près les mêmes  propos chez nous, au Mali, sur les réseaux sociaux, surtout lors des élections présidentielles. C’est pour dire que le peuple est en train de prendre conscience que nos dirigeants n’ont pas fait grand-chose sur ce plan. C’est tout simplement honteux !

Cependant, des pays africains comme l'Ouganda comptent interdire à leurs ministres et députés d'aller à l'étranger pour des procédures médicales dès l'ouverture au public d'un hôpital de pointe en Ouganda. Un début de prise de conscience de la gravité du problème. Le bon exemple vient toujours de l'ancien président sud-africain, Nelson Mandela, qui s'est toujours fait soigner dans son pays.

Après 60 ans d’indépendance, nos dirigeants doivent avoir honte de se faire soigner à l’extérieur avec l’argent du peuple.  Se faire soigner à l'extérieur de son pays est une affaire de gros sous.  Aussi, cette tendance  à livrer sa santé à un autre Etat peut-elle devenir une dangereuse arme géopolitique au service du pays hôte, surtout quand celui-ci est une ancienne puissance coloniale.

Depuis 60 ans, la santé de beaucoup de dirigeants africains  est toujours restée une affaire de secret d’Etat. C’est une des raisons de se faire souvent  soigner à l'extérieur de leur pays sans oublier la qualité des Infrastructures hospitalières en mauvais état.

Levy Dougnon



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