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Santé

PLAN DE CONTINGENCE DE LA COVID-19 AU MALI Des failles et des inadaptations




« Mieux vaut prévenir que guérir », dit-on. Alors la mise en place en avance des moyens et stratégies pour riposter à une éventuelle menace nationale et mondiale est nécessaire dans chaque pays. La pandémie à coronavirus qui affecte le monde actuellement a fait son apparition en décembre 2019 à (Wuhan) en Chine, avant de s’étendre au niveau mondial. Au mois de mars dernier, pendant que le virus se répandait en Afrique, le Mali a pris des mesures drastiques pour faire face à la pandémie. Ces mesures de préparation et de réponse étaient-ils suffisantes ?

Le risque zéro n’existant pas, un État qui ne veut être surpris par aucun phénomène ou aucune catastrophe, quelle que soit la nature, doit promptement établir un plan de résistance au cas où cela arriverait. Et pas seulement volontairement, car c’est aussi une obligation juridique qui s’impose à certains pays, dont le Mali, au regard de leur engagement international à prévoir un plan de contingence. En 1996, le Mali a signé un Protocole de coopération pour la lutte contre les épidémies dans les pays de l’Afrique de l’Ouest, l’Algérie et le Tchad, qui dit dans son chapitre 2: « Les États participants, après un large échange d'expériences et une discussion approfondie sur les voies et les moyens de mener plus efficacement la lutte contre les épidémies, conviennent que le préalable à toute coopération sous-régionale fructueuse réside dans une volonté et un engagement exprimés individuellement par chacun des États, au travers d'un Plan d'action national de préparation et de réponse aux épidémies. Ce plan doit être fondé sur une vision claire des résultats souhaités et sur un ensemble minimum d'interventions et d'activités susceptibles de mobiliser toutes les structures et les institutions sanitaires nationales, l'ensemble des professionnels de la santé, les autres secteurs concernés, les communautés, ainsi que les partenaires. Ces interventions et activités se rapportent aux domaines complémentaires que sont : la surveillance épidémiologique, le renforcement des laboratoires, la prise en charge des cas, la vaccination de masse, la mobilisation sociale, la gestion des épidémies et la coopération ».

La pandémie à coronavirus avec son corolaire de victimes a obligé les États, forts ou faibles, à se munir d’un plan robuste pour assurer la santé de leurs citoyens. Ainsi au Mali, après que le virus ait franchi nos frontières, une large diffusion des modes de contagion et de prévention a été faite par les autorités sur les médias : radios, télévisions, presse écrite, sites internet et affiches publicitaires. Mais les messages de protection ne semblent pas être compris par tous les Maliens. Pire, certains n’ont jamais cru à l’existence de cette pandémie.

Les experts en santé sont d’abord sur le fait que la Covid-19 touche les individus de manière différente. Les symptômes les plus fréquents sont la fièvre, la toux sèche et la fatigue. Ces mêmes experts affirment que les symptômes les moins fréquents sont entre autres les courbatures, la perte de l’odorat, les maux de gorge, la diarrhée, la conjonctivite, les maux de tête. Il ressort également de leurs études que les personnes du troisième âge sont les plus touchées par cette pandémie à coronavirus, bien que les enfants ne soient pas à l’abri.

D’après le bulletin de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié le 12 janvier 2020, la Chine a signalé les premiers cas de coronavirus le 31 décembre 2019. Selon le même bulletin, l’apparition des premiers symptômes avait commencé le 8 décembre 2019. Des mesures urgentes ont été immédiatement prises par la Chine pour faire face à la menace. C’est en mars 2020 que cette épidémie a été déclarée comme une pandémie. Depuis cette époque, la Covid-19 s’est vite propagée dans le monde. Par conséquent, nos États africains ont gonflé les muscles contre le virus pour réduire les ravages. Au Burkina Faso, les autorités ont procédé immédiatement à la fermeture des écoles, des salles de cinéma, des boites de nuit et de nombreux autres lieux de regroupements.

Au Niger, le Président Issoufou Mahamadou a fermé les frontières aériennes et terrestres et également lancé un appel à sa population en interdisant des regroupements de plus de 50 personnes.

À son tour, le Mali a drastiquement pris des mesures de prévention et de contention. Réuni en session extraordinaire le 17 mars 2020 à Koulouba, sous l’autorité du Président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, le Conseil supérieur de la défense nationale a décidé de la suspension jusqu’à nouvel ordre des vols commerciaux en provenance des pays touchés, à l’exception des vols cargos, de la fermeture des écoles publiques, privées et confessionnelles (maternelles, primaires, secondaires et supérieures), y compris les medersas, pendant trois semaines, de la suspension jusqu’à nouvel ordre de tous les regroupements publics, ateliers, colloques, séminaires, meetings populaires, de l’interdiction des regroupements à caractère social, sportif, culturel et politique de plus de 50 personnes, sous réserve du respect des gestes barrières. Il s’agit des mariages, baptêmes et funérailles. Et enfin de la fermeture des boites de nuit et bars dancings. Au cours de la même session, le Président de la République a décidé de la mise en place d’une enveloppe initiale de 6,3 milliards de francs CFA pour lutter contre la pandémie à coronavirus.

Mais ces mesures n’ont toujours pas été strictement respectées par la population et les autorités en charge de leur application n’ont quasiment sanctionné aucun contrevenant.

Pourtant, aux dires de Seynabou Touré, Conseillère technique chargée des questions juridiques au ministère de la Santé et des affaires sociales, la loi n°98-036 du 20 juillet 1998, régissant la lutte contre les épidémies et les vaccinations obligatoires contre certaines maladies, dit dans son article 16 : « l'organisation de la lutte anti-vectorielle incombe à l'État. Les ministres chargés de la santé, de l'administration territoriale, de l'environnement, de l'agriculture, des transports et de la communication fixent par voie réglementaire les modalités de la lutte contre les épidémies et les endémies à transmission vectorielle ». Elle précise qu’en cas de violation des mesures prises, la même loi, dans son article 10, permet aux autorités compétentes de prendre des sanctions contre les responsables de la violation. « Toute infraction à l'application de ces mesures définies est passible d'une amende de cinq mille à trente mille francs et d'un emprisonnement de cinq à quinze jours ou de l'une de ces deux peines seulement ».

Toutefois, selon Seynabou Touré, la non prise de sanctions contre les personnes qui ne respectent pas les mesures barrières s’explique par le fait que nos autorités ont toujours priorisé la sensibilisation.

Pour Mohamed Abdellahi Elkhalil, sociologue et philosophe, spécialiste des questions d’insécurité sociale et sécuritaire au Sahel et Coordinateur du Réseau d’assistance et de déradicalisation au Mali (RADEM), il croit qu’une préparation psychologique aurait dû être faite envers la population par rapport à l’existence même de la pandémie à coronavirus. « En amont, ce qui avait lieu d’être, c’est de préparer psychologiquement les Maliens, sur le plan éducatif, sur le plan de la citoyenneté. En leur disant que cette maladie est une réalité et en impliquant les acteurs de toutes les croyances au Mali ».

Le sociologue affirme par ailleurs que le plan de contingence du Mali est un plan bien détaillé, avec des explorations réelles. Mais, en réalité, il ne peut pas répondre au cas du Mali et ne peut pas avoir un impact, parce que l’on n’a pris en compte le Malien lambda d

ans son élaboration. Prenant exemple sur l’opération présidentielle de distribution d’eau et d’électricité gratuitement à certaines personnes, il explique que l’État doit avoir une base de données qui chiffre le nombre de pauvres par région, par cercle, par commune et arrondissement. Tant qu’il n’a pas ces données, il y en aura toujours certains qui vont s’accaparer le bien d’autrui.

À titre d’illustration, des personnes ont été prises les mains dans le sac, détournant des camions remplis des vivres destinés aux couches les plus démunies. Pour le sociologue, cela signifie un manque de sérieux dans le plan de riposte. « Et ce plan de contingence n’apportera rien tant que des mesures ne seront pas prises contre la mauvaise gouvernance et contre la corruption », ajoute-t-il.

« S’il avait eu un suivi, l’autorité d’État et de la rigueur aujourd’hui, ces mesures auraient pu avoir un impact. Après une sensibilisation de la population sur la gravité de cette maladie, l’État devait exiger le port de masques, tout en mettant en place des sanctions contre tous ceux qui ne respectaient pas les mesures. Chose qui n’a pas été faite. Dans la rue, sur 100 Maliens il n’y en a que 2 qui ont leur masque. C’est triste ».

Mohamed Abdellahi Elkhalil ajoute qu’il avait eu un partenaire sénégalais qui disposait d’une application qui permet de localiser une personne infectée à la Covid-19 et de savoir avec qui cette personne était entrée en contact depuis 21 jours avant. Il a déposé une lettre au ministère de la Santé concernant cette application, sans jamais avoir reçu de feedback.

Dans un pays en présence d’une pandémie, la société ne doit plus fonctionner comme avant. Mohamed Abdellahi Elkhalil estime qu’en cette période de Covid-19, nous devons être une société d’éveil et d’écoute. « Avoir au sein de la société des acteurs qui vont éveiller, sensibiliser. Faire comprendre aux gens ce qui est un danger pour eux, qu’on ne devrait pas se contaminer et contaminer les autres. Une société doit être une société de sagesse ».

« Sur le plan économique, les familles doivent faire leur bilan. À savoir, mon prix de condiment de 2019 doit-il être le même en temps de pandémie en 2020 ou post pandémie ? Toutes ces questions doit-être étudié par les responsables. Il ne faut pas attendre une crise pour se préparer. Une société doit toujours fonctionner avec un plan B. Ce sont des préparations en amont, en cas d’attaque, de crise ou de de pandémie », conclut Mohamed Abdellahi Elkhalil.

Il est regrettable de voir que, malgré l’augmentation du nombre de cas positifs, certains Maliens continuent de se serrer les mains et de ne pas porter de masques. Au moment où nous mettions ses lignes sous presse, le Mali comptait 2 577 cas positifs, 1 973 patients guéris, 125 décès et 177 personnes-contact. Selon les dernières statistiques des structurées agréées en collecte de données, le 7 août 2020, les cas confirmés de coronavirus dans le monde dépassaient la barre des 19 millions, dont 992 710 en Afrique. Le nombre de guéris était de plus de 11 millions, dont 673 775 en Afrique et les décès étaient plus de 700 000, avec 21 617 en Afrique. Au regard des données actuelles, l’Afrique est le continent le moins touché par la pandémie à coronavirus, mais le Mali est l’un des pays africains où les dégâts de la Covid-19 sont minimisés par des mesures trop timorées.

A souligné que malgré nos sollicitations, nous n'avons pas pu obtenir l'avis du directeur général de la direction nationale de la santé Dr. Dembélé Ousmane, ni de son secrétaire général Mama Koumaré.

Korotoumou Diabaté

 



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