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Régions

Opinion La vengeance serre le cœur autant que la mâchoire




Tabital Pulaaku et Guina Dogon doivent être des promoteurs  de la philosophie du pardon, et non des porte-glaive de la vengeance.

La guerre, elle habite de façon potentielle en chaque Homme, tout comme la paix, d’ailleurs. La guerre est l’expression d’un mécontentement non maîtrisé aussi bien sur le plan individuel que sur le plan collectif. La raison perdant ainsi le contrôle des phénomènes, les passions et la guerre prennent le contrôleducours l’histoire, et instaurent dans une personnalité ou au seind’une communauté l’instinct du danger et le réflexe de l’animosité.

La vengeance est le moteur de la guerre. Charles de LEUSSE en dit ceci : « La vengeance serre le cœur autant que la mâchoire.» Il suffirait que vous vous rendiez dans la région de Mopti, vous découvririez que les cœurs des deux communautés Dogon et Peul sont envahis par l'esprit de vengeance. Une vengeance d'ailleurs justifiée par les frères de toutes les deux communautés qui vivent à l'intérieur et à l'extérieur du Mali.

Il est certes naturel d'avoir une affection envers la communauté à laquelle on appartient, mais il est essentiel que cette affection ne soit pas une caution à l’animosité vengeresse.D’ailleurs, la vengeance met-elle fin à un conflit ? Le proverbe arabe«La vengeance ne répare pas un tort, mais elle en prévient cent autres" incite à penser que non.

De même, le philosophe, Francis Bacon, avance, dans son Essai de morale « La vengeance est une justice sauvage.» Ce disant, le penseur invite à s’éloigner de la fameuse Loi du Talion.

A présent, qu'est-ce qui peut adoucir le cœur des deux communautés afin que la paix revienne ?

Certains peuvent répondre à la question par la justice. La justice peut parfois mettre fin à certains conflits en punissant les auteurs du mal. Mais, dans un conflit intercommunautaire lors duquel chaque communauté a commis des dégâts matériels et humains, quel rôle la justice peut-elle jouer ?Une justice d’autant plus problématique qu’elle n’inspire plus confiance aux citoyens.

Selon mon humble analyse, pour que la paix revienne au Centreentre Dogon et Peul, il faut que nous quittions le canevas de la justice, car non seulement la justice est inefficace sur ce phénomène, mais encore, elle n'efface jamais la douleur ressentie d'un crime subi. Aussi, la justice n'a pas la puissance de renouveler une relation dans l'avenir. Dans son livre intitulé Surtension, Olivier Norekdécrypte l'espace de la justice, et conclut ainsi:《La justice n’est qu’une demande de vengeance, et la vengeance n’a jamais soulagé les âmes.》

Cependant l'unique voie de la résolution du conflit et l'unique principe de la réconciliation entre Dogon et Peul est bien évidemment celui du pardon.

Le pardon sort du cadre logique des suites des phénomènes, et il n’a pas de justification rationnelle. Par exemple, lorsque je transgresse un voisin, la logique voudrait qu’il réagisse. Mais, dès lors que je lui demande pardon, peut-être réagira-t-il positivement. En outre, le pardon ne s’oblige pas, mais il reste une question du choix personnel. Il est un acte gratuit et contingent. Or, la rationalité voulant expliquer et promouvoir les phénomènes universalisables, elle passe à côté du pardon, et en fait un champ d’exploration des religions.

Mieux, le pardon est difficile à défendre car il paraît, à première vue, irrationnelle et porteuse de l’esprit d’impunité. C’est pourquoi, dans son article intitulé "Le pardon, notion philosophique ou notion religieuse", Jacques RICOT nous explique les raisons du refus philosophique du pardon, et conclut la question en ramassant les idées de deux auteurs convergents sur le point.

En clair, RICOT affirme ceci : « les grandes philosophies refusent le pardon. Pour Spinoza, il importe aux méchants de tirer avantage des maux commis en échappant  à la justice… Et, de manière très voisine, Kant  assimile le pardon à l’impunité, forme suprême de l’injustice.»

Toutefois, l’homme n’est pas que rationalité. Et les conflits ne sont plus du tout des fruits de la raison. Il faut alors chercher une solution irrationnelle sinon « metharationnelle », transcendantale. Et gloire au créateur, il a doté l’homme de cette capacité de saisir la transcendance et d’accomplir des actes admirables qui dépassent l’entendement humain ; car elles sont accomplies par des caractères divins qui habitent en chaque homme.

L’une des caractéristiques divines qui s’expriment dans l’humain, qui a une force impensable et qui remédie les cicatrices du cœur de la guerre et appelle à un nouveau projet du vivre ensemble parmi les hommes est le pardon.

Le pardon, concevait Olivier Abel « est une réinterprétation du passé que je fais avec l’autre contre l’oubli. Je dirais presqu’il s’agit d’un travail d’hospitalité à la mémoire de l’autre. En demandant pardon, je demande hospitalité dans la mémoire de l’autre et j’accorde hospitalité à la mémoire de l’autre. »

C’est vers ce concept de pardon que les Peul, les Dogon, les deux associations Tabital Pulaaku et Guina dogon, doivent désormais se tourner afin de renouer l’ancienne hospitalité qui faisait la fierté de tous.

Certes, certains diront qu’il est difficile de pardonner. Mais, de tels propos ne sont-ils pas les arguments de ceux qui sont constamment habités par l’esprit  de vengeance ?

Tout crime peut être pardonné. Car le pardon vient du cœur, et pour le cœur, rien n’est impossible. C’est pourquoi Vladimir Jankélévitch disait ceci : « Le pardon ne demande pas si le crime est digne d’être pardonné, si l’expiation a été suffisante, si la rancune a assez duré ; il n’y a pas de faute si grave qu’on ne puisse, en dernier recours, la pardonner, rien n’est impossible à la toute-puissante rémission. »

Peul et Dogon doivent impérativement revenir dans l’habitacle du pardon. De la sorte, les deux communautés retourneront aux notions de grandeur et de miséricorde, gages de toute stabilité sociale.

Que partout où l’on parle du crime, que l’on parle du pardon. Car « Là où le péché abonde, le pardon surabonde » dit Saint PAUL.

 Saidou dit Elie KODIO

 Etudiant



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