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Santé

LE MARIAGE PRECOCE OU MARIAGE DES ENFANTS Un frein pour l’émancipation de la gente féminine !




La pratique du mariage précoce persiste à l’échelle des pays du tiers-monde. Défini comme un mariage coutumier, religieux ou légal de personnes âgées de moins de 18 ans, le mariage précoce d’une fille a lieu avant que la fille ne soit physiquement, psychologiquement et juridiquement prête à assumer les responsabilités du mariage et de la maternité.

Dans les pays en voie de développement, plus de 30% des filles sont mariées avant l’âge de 15 ans. L’Afrique de l’Ouest est l’une des régions du monde où la prévalence des mariages précoces, est la plus élevée. Parmi les 10 pays enregistrant les taux les plus élevés de prévalence des mariages précoces au monde, la moitié se situe dans cette région. Il s’agit, entre autres, du Niger (77 %), du Mali (61 %), de la Guinée (58 %) et du Burkina Faso (52 %). Par ailleurs, il est à remarquer que ces pays ont des index de fragilité assez élevés. Des déterminants juridiques, socioculturels, religieux et économiques ont été identifiés comme étant à la base du phénomène. Par ailleurs, la pratique a des conséquences importantes sur la santé, le développement social, le développement économique et l’égalité de genre. Au plan juridique, le mariage précoce est une violation des droits des enfants qui a souvent comme origine et conséquences d’autres formes de violences exercées sur eux. Il constitue une violation grave des droits humains fondamentaux des filles ainsi privées de leur enfance et de leur adolescence.

 Il défie tous les droits des femmes et des filles tels que garantis par les différents instruments juridiques internationaux des Nations unies ratifiés par les Etats.

Le mariage précoce va également à l’encontre des normes juridiques consacrées au niveau africain par la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples, relative aux droits des femmes en Afrique et la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant. Selon l’article 6 de ce document dont les dispositions sont en adéquation avec la Charte des droits et du Bien-être de l’Enfant, les Etats sont tenus d’adopter des mesures législatives appropriées pour garantir qu’aucun mariage ne soit conclu sans le plein et libre consentement des deux époux et que l’âge minimum au mariage pour la fille soit de 18 ans. Conformément aux engagements pris, les Etats ont adopté des lois qui exigent le consentement des époux au mariage. Mais tous ne se sont pas conformés à l’exigence d’un âge nuptial minimum de 18 ans.

Au plan socioculturel et religieux, des coutumes relatives au mariage, notamment à sa conception, au mode de choix des conjoints et à l’écart d’âge entre conjoints, sont à la base de la pratique. Dans la plupart des sociétés ouest africaines, la conception traditionnelle de la famille est celle d’une cellule sociale élargie avec plusieurs ménages au sein de laquelle la fécondité est maximisée par le mariage de filles dès leur puberté.

Cette famille au sein de laquelle s’organise la solidarité et une forme de vie communautariste, c'est à-dire où l’intérêt de la communauté prime sur celui des individus, est également une cellule de production économique. Le mariage lui-même est, dès lors, conçu essentiellement comme un arrangement entre deux familles, ne nécessitant pas le consentement personnel des époux, ni un âge déterminé, mais souscrivant à une décision prise par les anciens selon Vignikin.

Le mariage précoce d’une fille peut aussi s’expliquer par la nécessité d’être en conformité avec la tradition et/ou la religion. Il permet également de contrôler les filles, notamment leur sexualité et de les protéger contre les grossesses précoces qui pourraient constituer un déshonneur pour la famille. Enfin, le mariage précoce d’une fille apparait comme un moyen de renforcer les liens dans et entre les communautés, même si les raisons économiques tendent à être de plus en plus significatives.

En effet, au-delà des facteurs traditionnels et culturels, le mariage précoce est pratiqué dans plusieurs communautés comme une stratégie de survie économique et de protection sociale, étant donné la situation de pauvreté des familles. Si les communautés souscrivent encore massivement à cette pratique, il n’en demeure pas moins qu’elle a des conséquences lourdes sur la vie des filles qui la subissent.

 En effet, le mariage précoce a des conséquences sur la santé génésique et l’autonomisation des filles et les expose à des risques importants. Les impacts négatifs en matière de santé sont attestés par le constat que les filles engagées dans un mariage à un âge précoce reçoivent moins de soins prénataux et sont donc plus vulnérables à la mortalité maternelle. De plus, le bas niveau d’éducation est un handicap pour la participation économique et politique des filles victimes de mariage précoce qui courent alors le risque de connaître toute leur vie durant, une situation de pauvreté susceptible de se transmettre à leurs progénitures.

 

Un handicap pour l’autonomisation des femmes

Une étude sur le milieu rural dans les pays d’Afrique de l’Ouest a démontré que, si elle s’est mariée jeune et manque d’éducation et de compétences monnayables, une femme peut tomber dans une profonde misère et en a conclu que le mariage précoce contribue à la féminisation de la pauvreté, avec ce que cela comporte comme conséquences fâcheuses pour les filles.

Le mariage est caractérisé d’une façon générale par l’union entre deux personnes de sexes différents (homme et femme). Il revêt un caractère important qui a une influence sur la fécondité, une variable déterminante de l’accroissement d'une population. La société malienne accorde une place importante au mariage et le considère d’ailleurs comme une institution sociale sacrée.

Le processus comporte des rites ayant à la fois une dimension coutumière, religieuse et civile. Mais, il peut arriver que cette combinaison ne soit pas nécessaire. Une des cérémonies peut suffire pour avoir une reconnaissance sociale de l’union d’une communauté à une autre. Le mariage apparaît comme une « affaire de famille » et une « affaire sociale », dans laquelle les individus sont en position passive.

Les diversités culturelles, économiques et structurelles dans une société peuvent déterminer aussi les variations de l’âge auquel débute la formation des unions, notamment l’intensité de la nuptialité. Selon que les sociétés soient patriarcales ou matriarcales, musulmanes, animistes, ou autres, chacune a sa conception propre de la famille et des différentes formes d’union qui les régissent. De nos jours, le mariage fait l’objet de profondes mutations transformant les structures sociales, économiques et culturelles ouvertes au modernisme.

L’une des premières mutations est le passage « du mariage ancien » ou «mariage imposé », avec la mainmise du groupe social sur le choix des partenaires, au mariage fondé sur le choix réciproque des deux époux.

 

Le mariage précoce, un phénomène à géométrie variable

La nuptialité est considérée comme une variable intermédiaire de la fécondité par les démographes. Phénomène aux multiples facettes, une attention particulière à l’étude des changements matrimoniaux s’avère nécessaire pour appréhender les mutations.

En effet, l’évolution des comportements matrimoniaux est révélatrice de profondes mutations de la société. L’observation des changements matrimoniaux permet d’illuminer le type de rapports de genre que privilégie une société.

Les relations entre hommes et femmes se construisent autour de deux pôles opposés et complémentaires : ‘’furu’’ le mariage et ‘’kanu’’ la relation amoureuse. Concilier les deux avec le même conjoint est souvent difficile.

Au Mali, plusieurs formes de mariage coexistent, à savoir, le mariage coutumier, le mariage religieux et le mariage civil qui corroborent avec deux types de mariage (monogamique et polygamique). Les croyances, perceptions, attitudes et valeurs varient d’un groupe à l’autre et d’une religion à une autre. Ni l’ethnie, ni la religion, ni la langue ne peuvent permettre de cerner toute la réalité sociologique du mariage.

Ibrahim Sanogo dit Oliver

 



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