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Politique

Le M5-RFP peut-il se remettre sur orbite ?




Leur mouvement ressemble de plus en plus à un vaisseau qui se vide de son équipage. Pourtant, les M5-RFPéistes, qui ont du mal à renouveler leurs objectifs, affirment être toujours d’attaque. Laissons à l’avenir proche le soin de lever le voile sur la réalité.

La politique est décidément le royaume où le grand paradoxe est la règle, et où la fraternité sans lendemains est le principe.

Vous vous mobilisez contre un ennemi commun, vous vous jurez serment d’amour et de fidélité, puis vous formez une alliance sacrée pour le terrasser et le déloger de la citadelle de Koulouba.

Mais, une fois cet ennemi vaincu, que vous arrive-t-il donc ?!!!Oh ! Voilà que vous êtes vous-mêmes surpris de ressentir au plus profond de vous comme un sentiment de vide.  Eh, oui ! Aussi inexplicable que cela paraisse, vous commencez à vous ennuyer car votre ennemi-là vous manque. N’est-ce pas face à lui que vous étiez parvenus à incarner ce qu’il y a de plus vertueux dans l’exercice de la politique ? N’est-ce pas contre lui que vous étiez enfin parvenus à redorer votre réputation auprès de la population ? N’est-ce pas en s’attaquant à lui que vous étiez devenus les chouchous du peuple en émoi ?

Du coup, sans lui, vous êtes en manque de punch, vous êtes en manque de qui sur qui cogner. Alors, votre enthousiasme collectif s’évapore lentement mais sûrement, et vous avez du mal à prendre goût aux choses, sans le bon vieil ennemi à combattre.

Rendus alors nostalgiques du féroce combat qui vous plaçait en face de votre ennemi intime, ne pouvant rembobiner les épisodes où sans cesse vous lui donniez des coups et en preniez de lui ; vous éprouvez le plus grand mal à renouveler vos ambitions et à trouver votre place dans l’arène. Malgré vous, vous êtes déchirés : les uns choisissent de se mettre en sommeil ; les autres nourrissent comme un besoin de rompre l’alliance et de suivre chacun sa propre étoile.

Sans IBK à combattre, le M5-RFP (ou plutôt ce qu’il en reste) semble se chercher une seconde vie. Les ténors du mouvement (ou plutôt ceux qui s’accrochent aux vestiges) promettent de rallumer la flamme et de réveiller le Kraken.

Mais, réactiver le feu pour quoi faire ? Tirer le Kraken de son repos pour quel nouveau noble but ? Tel est le délicat questionnement auquel Choguel Kokala Maïga et les autres grosses planètes de la galaxie M5 vont devoir répondre.

Leur tâche s’annonce pourtant bien difficile car deux vents contraires menacent de contrarier davantage la trajectoire déjà comprise du vaisseau M5.

Le premier vent est celui de « la dure réalité du quotidien » dont le souffle torride enveloppe les Maliens au point de les rendre peu réceptifs à un nouveau discours qui prône le renverse-tout. La gestion calamiteuse du trio IBK-RPM-ADEMA a été si pernicieuse que les citoyens en ressentent maintenant plus que jamais les effets de la manière la plus insupportable.

Les Maliens suffoquent. Ils sont asphyxiés par la précarité. Les Maliens halètent. Ils sont étranglés par l’amoindrissement de leurs revenus. Les Maliens doutent de l’avenir. Ils en sont réduits à racler les fonds de tiroirs pour affronter un aujourd’hui assombri par des années de mal gouvernance.

Dans ce contexte, le peuple anxieux et déprimé ne va-t-il pas privilégier "Le Laboureur et ses enfants" de Jean de La Fontaine au lieu de « la vision rouge de la révolution » décrite par Emile Zola dans "GERMINAL" ?

Le second vent, mortifère celui-là, qui risque de casser définitivement le gouvernail du M5, est celui de la division et des défections qui se multiplient dans le cockpit. Des figures de proue du comité stratégique ont beau chercher à nier ou à minimiser l’évidence, les faits sont là. Le Mouvement du 5 juin subit bel et bien le départ de certains de ses cadres les plus influents.

Qui peut oser confirmer que la CMAS et l’imprévisible Issa Kaou Djim comptent toujours parmi les membres de l’équipage ? Qui peut nier qu’Oumar Mariko et ses lieutenants du MDP ont rangé leurs cartes du M5 au placard ?

On le voit. C’est incontestable. Le M5, regroupement de circonstance, a commencé de s’étioler aussitôt que son meilleur ennemi, IBK, a été évincé de l’arène. A présent, si les M5-RFPéistes veulent pouvoir se remettre sur orbite et incarner l’espoir d’ « un Mali nouveau », ils doivent d’abord se sauver d’eux-mêmes. En clair, un : arrêter de paraître seulement comme un ouragan de la contestation à l’affût et prêt à bondir au moindre faux pas des autorités en place ; deux : se projeter déjà dans l’après-Transition en concoctant patiemment un projet commun de société capable d’aimanter le vote de la majorité des Maliens.

Ils pourront alors clamer aux citoyens : « Le changement que nous vous avions promis, c’est maintenant ! »

Mohamed Meba TEMBELY



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