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Politique

L’AUTRE FORUM DE BAMAKO La laïcité face aux défis de protection des valeurs socioculturelles




Les rideaux sont tombés, le vendredi 19 février 2021, sur ‘’ l’autre forum de Bamako’’. Le thème de cette année était ‘’Etat, citoyenneté, religions et laïcité : état des lieux, enjeux et perspectives au Mali.’’

Plusieurs panels étaient au programme lors de cette rencontre intellectuelle qui a regroupé des panelistes nationaux et internationaux. Le panel 3 a attiré notre attention. Il portait : Quelle laïcité pour un Mali stable et réconcilié avec ses valeurs socioculturelles ? Communication I : la laïcité face aux défis de protection des valeurs socioculturelles dans les familles, la cité, les médias, l’espace public : état des lieux et pistes de solution. Ce panel a été animé par deux sommités à savoir le Pr Hamidou Magassa, anthropologue et le Pr Bintou Sanankoua historienne.

Ce panel a été introduit par le Pr Bintou Sanankoua qui a donné une explication  du thème pour le rendre plus accessible. Dans son intervention, elle ne s’est pas fait prier à expliquer comment la loi 052 est torpillée dans notre pays.  Elle a évoqué l’immixtion des religieux sur la scène politique. Ce qui fausse véritablement la donne à son avis. 

Connu pour sa pugnacité, Pr Hamidou Magassa, dans un style qui est le sien, a donné des explications concises sur le thème.  A ses dires, diversement interprété dans ses applications doctrinaires selon les pays, le concept de laïcité et généralement admis comme une séparation juridique des gestions de l'Etat et du religieux Au Mali, les valeurs socioculturelles, (religion et honneur/dignité), incluent de manière transversale le concept de laïcité par l'adhésion volontaire et sélective aux croyances traditionnelles, l'inversion humoristique des protocoles domestiques, les pratiques de ‘’Sinankuya’’ (parenté par plaisanterie), la liberté de conscience et de culte reconnue en islam (sourates La Vache et les Mécréants). Ces diverses approches socioculturelles sont censées faciliter le vivre ensemble, notamment en situation conflictuelle.

Au-delà des mots et de leur divergente interprétation, la dimension eschatologique de la laïcité renvoie au sens de la vie et de ta mort que chacun se donne. Et ce, au Mali, en guerre asymétrique depuis 2012, malgré son habituel contexte de liberté d'expression élargie, de forte cohésion sociale et de culture de la paix, aujourd'hui très violemment agressé par un extrémisme religieux, national et international. Lequel n'hésite plus à avoir recours à des kamikazes, enfants ignorants, ou adultes méprisants, au nom usurpé de Dieu, pour nier le droit sacré à la vie de tout être humain, et même, animal.

Néanmoins, les modèles maliens de socialisation, de nature polygamique, respectueux des fondements génétiques et des classifications identitaires, continuent de favoriser l'intégration de l'individu et le partage communautaire des ressources, des responsabilités et des statuts. L'éducation, les cultes et les références juridiques puisent dans l'autorité morale de ce schéma directeur peut obéir aux fétiches, à la crainte de Dieu ou à la loi selon les Codes Civil et Militaire. « A chacun sa laïcité », serait-on tenté de formuler malgré le caractère universel du modèle standardisé de construction contemporaine de l'Etat.

Le Pr Hamidou Magassa a renchéri que la relecture et l'adoption controversée du Code de la Personne et de Famille (CPF) en 2011 illustre à suffisance le chevauchement de logiques, de règles et de lois où le droit à l'homme (coutumier), le droit de l'homme (moderne) et le droit de Dieu (charia) interfèrent dans une certaine lecture ambigüe de la notion classique de laïcité. C'est ainsi que la nouvelle Société Civile Musulmane au Mali, émergente depuis le grandiose meeting du CPF, au Stade du 26 Mars, en Aout 2009, s'érige désormais en offensives foules de pression humaine qui réussit à présent à placer ou à démettre toute architecture gouvernementale ou présidentielle.

Aussi, a-t-il dit, entre légalité et légitimité, politique et religion, le principe de laïcité, tel que consacré par la Constitution de la 3ème République en 1992, se retrouve dès lors marginalisé par les dérives de la démocratie multi-partisane, dans un contexte déçu par des promesses non tenues. En conséquence, s'est imposé un rapport de forces déstabilisateur des institutions publiques par l'incivisme, les mouvements de rébellion armée au Nord et au Centre du Mali, les fortes critiques de certains leaders religieux musulmans, les enjeux électoraux travestis par la classe politique et les coups d'état militaire récurrents.

En termes de solution et de pistes à explorer, il dira que les conflits sont l’ingrédient inévitable à la recherche de la quiétude dans le foyer, de la paix, dans la cité et de la stabilité du pays, de la réconciliation des mesures de couple Etat/ Communauté. Toutes les ressources spirituelles et matérielles, doivent en conséquence être librement mobilisées pour parvenir à la sécurité indispensable à la stabilisation de l’Etat et de toute activité humaine. Aussi, il a précisé que le Mali dispose de toutes les qualités intellectuelles contemporaines et de la sagesse de sa culture millénaire pour sortir de l’impasse dans lequel il s’est lui-même placé. Que chacun et tous assument l’indispensable triple introspection confessionnelle de : ses propres fautes et erreurs, demander pardon et de s’engager à ne pas recommencer les mêmes travers, a conclu le Pr Hamidou Magassa.

I Sanogo



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