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Société

JEUNESSE ET STUPEFIANTS CONSOMMATION DES STUPEFIANTS PAR LA JEUNESSE Entre stress, dépression et chômage




Le constant est glaçant. La majeure partie de la jeunesse malienne s'adonne à la consommation des stupéfiants. C’est malheureusement une tendance qui se confirme.

Selon les statistiques de l’Arcad-Sida, sur 500 personnes qui consomment des drogues injectables à Bamako, 98,2 % sont des hommes, et les 3/4 ont commencé dès l’âge de 10 ans. Le simple désir, la curiosité, le stress, le chômage, les problèmes sociaux et surtout l’analphabétisme restent les principaux facteurs associés à la consommation de stupéfiants au Mali. D’après les rapports de l’Office central des stupéfiants (OCS), il a été saisi en 2017, différents types de drogues à savoir : le Cannabis (15,5 kg, 37+1/4 de brique, 1010 boules, 0,2 kg de graines, 5 plants), la cocaïne (1 kg), l’héroïne (10,5 Kg), le Tramadol (131 paquets, 22 cartons, 21 plaquettes)… Par contre, le Cannabis serait la drogue la plus consommée.

Il est à noter aussi l’usage de l’alcool sous la forme de prémix2e partie (mélange d’alcool fort de sodas ou jus de fruit) ou d’alcopops (mélange d’alcool parfois aromatisé).

Les stupéfiants sont devenus la principale force motrice de la plupart des jeunes maliens qui ne peuvent pratiquement plus exécuter une quelconque tâche sans s’adonner à la consommation de drogues. Le profil des consommateurs varie. Il y a  des travailleurs de divers secteurs, des adolescents ou des jeunes dans la trentaine.

Les exploitants de sable dans le fleuve, les manœuvres dans les chantiers, les apprentis Sotrama, les travailleurs dans les mines, les jeunes dans les « grins » sont tous de potentiels consommateurs. Selon un jeune du quartier, surnommé ‘’Toc Toc man’’, « la dose me procure un état de soulagement. Quand je me dose, je suis en paix avec moi-même, et ça me permet de mieux “sciencer”, c’est-à-dire mieux réfléchir ». Un autre jeune ancien toxicomane, Moussa Diawara dit Bad boy, diplômé sans emploi, admet que : « Je ne pouvais rien faire de bon et je ne me sentais pas bien sans prendre quelque chose pour me stimuler. Quand j’ai plongé dans la drogue, j’étais mieux considéré dans le grin. J’augmentais la dose au fur et mesure, car je sentais que les filles nourrissaient plus d’intérêt et d’amour pour moi, surtout quand je me mettais à tituber et à dire n’importe quoi ».  Pour certains jeunes, le seul renom de ‘’gangsta’’ dans le quartier les élevait à un certain stade de fierté qui leur montait par la tête, d’où leur dépendance aux drogues. Un apprenti de Sotrama sous anonymat explique « Le Cannabis n’a pas d’effets négatifs sur le consommateur. Au contraire, il adoucit son tempérament. Il nous permet d'être en forme toute la journée. Ce qui provoque les situations de troubles, c’est le fait de le mélanger avec d’autres psychotropes. »
Oumou Diarra, danseuse, déclare : « Pour me sentir à l'aise avec mon public et exécuter certains pas de danse difficiles, je suis dans l'obligation de me droguer ».
MT, un jeune homme d’affaires, soutient : « Je voulais juste savoir quel effet ça faisait de consommer des stimulants.  J'ai commencé par la cigarette et ensuite l'alcool. Puis, de la simple curiosité, c'est devenu une habitude ». A noter aussi que l’espace scolaire, surtout la sphère universitaire, est fortement touché par cette dramatique situation. D’après le rapport de thèse d’un doctorant de la Faculté de médecine et d’Odonto-stomalogie du Point-G, « Sur un effectif de 519 étudiants, 1,5% des étudiants affirmaient être des consommateurs dont 13 % de l’héroïne, 37 % de la Cocaïne, et 50% du Cannabis ». Ces résultats pourraient être dus au fait que beaucoup d’étudiants pensent que c’est un atout d’employer ces substances comme méthodologie d’apprentissage, et s’attendent en retour à une réussite totale.

On peut se procurer les substances illicites très facilement. Les points de vente ne manquent pas dans la ville, et chacun a ses manières et ses codes pour entrer en communication avec les vendeurs. Pour certains, le simple regard permet de savoir si telle personne est consommatrice ou pas. En ce qui concerne la provenance de ces stupéfiants, rappelons que les principaux fournisseurs du Mali pénètrent à partir de la Guinée, du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal. Et, c’est la région de Sikasso qui est considérée comme la plaque tournante du trafic.

Ces substances sont actuellement la cause de nombreux troubles mentaux et accidents psychiatriques chez les jeunes. « La plupart des débiles mentaux qu’on rencontre, soit dans les hôpitaux, soit dans les rues, sont des consommateurs chroniques ou d’anciens consommateurs », nous rapporte un médecin psychiatrique au CHU de Point-G. Toujours selon la même source,  « 14 % des consultations sont liées à la consommation de la drogue. En plus de conséquences mentales, la stérilité, les surdoses, la dépendance, les accidents, les dommages physiques sont des conséquences majeures ».

Malheureusement, les conséquences néfastes de ces substances sont ignorées ou négligées par la population, en général, et par les jeunes, en particulier. L’alcool, qui est un produit hautement neurotoxique et très addictogène (il engendre ainsi des dépendances, d’autant plus sévères, que les débuts de la consommation sont précoces), est un stupéfiant dont les conséquences sont ignorées par beaucoup de gens qui ne savent pas qu’à la longue, son usage régulier peut engendrer un retrait progressif des apprentissages et des actes nécessitant de la rigueur. Lors de la prise de ces stupéfiants, l’intéressé fait face à une perte de contrôle de soi, à un ralentissement des réactions et de la coordination.

Aissata Tindé

stagiaire

 

DANS L’ANTI-CHAMBRE DES ENFANTS TOXICOMANES

La nation assiste en spectatrice à la formation des futurs grands bandits

 

Si l’avenir d’un pays est sa jeunesse, on peut affirmer que le devenir du Mali est sérieusement compromis. La preuve de cette triste réalité a été apportée par notre confrère du site d’informations « Kati 24 » qui, dans un reportage vidéo réalisé au cœur  de Bamako, alerte l’opinion sur l’ampleur que prend le fléau de la drogue.

Dans une vidéo de 2 min 31 secondes réalisée par Kati 24, que voit-on ? Des jeunes, dont certains ont à peine 12 ans, s’adressent à visage découvert à la journaliste. Ils font tous partie de la grande famille des toxicos. Pire, ils le confirment eux-mêmes sans gêne ni regret. Ni le micro de la journaliste, ni la présence de la caméra ne les dérangent. Et tous cas, les motifs fallacieux sont évoqués pour justifier leur addiction à la drogue et  à l’alcool. La plupart d’entre eux se confient à la journaliste sur les vertus supposées de la drogue. « Je consomme de l’alcool pour être vivace », témoigne un des enfants interrogés. Mais, la contradiction réside dans le fait que la plupart d’entre eux n’exercent aucun métier fixe.

Dans le lot, on trouve aussi des enfants mendiants. « Je ne consomme pas de drogue, mais     j’inhale de la colle », avoue un enfant âgé d’une douzaine d’années, tout en exhibant le sachet contenant la drogue à la journaliste qui semblait ne pas connaître la substance exhibée. Et l’enfant de poursuivre ses explications en indiquant à la journaliste « Nous sommes nombreux à affectionner cette substance ».

Un autre enfant, apprenti chauffeur, âgé de moins de 11 ans, explique qu’il consomme du chanvre indien avant de monter dans la Sotrama. « Tant que je ne consomme pas du chanvre indien, je ne peux pas faire correctement mon travail d’apprenti chauffeur », lance-t-il.

Mais tous ces enfants habitués à la drogue ne se sont pas sans domicile fixe. Certains d’entre eux ont des parents à Bamako. C’est le cas de cet autre adolescent habitant Niamakoro, qui enjambe chaque jour le fleuve  Niger pour venir au centre-ville. De son propre aveu, il vient mendier pour acheter de la drogue. « Je viens mendier pour m’acheter de la drogue que je consomme ici avant de rentrer à la maison. Je consomme de l’alcool et j’aspire de la colle. Mais je ne fume pas du chanvre indien qui rend fou », avoue-t-il.

En un mot, ce reportage de Kati 24 alerte sur le fait que ces enfants, qui sont les adultes de demain, représentent une menace imminente pour la quiétude sociale.

Nous assistons tous en spectateurs complices à la formation des grands bandits de demain dans la ville de Bamako. A ces enfants livrés à eux-mêmes, quelles opportunités propose le pays ?

Youssouf Z. Kéita    

 



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