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Politique

Installation de la nouvelle Assemblée nationale Wali Diawara, Mamadou Frankaly Keïta et Moussa Timbiné sous pression




La Cour constitutionnelle a tranché. La représentation populaire commence donc une nouvelle législature. Si les 147 honorables élus sont invités à prendre « leurs quartiers » dans l’hémicycle, certains parmi eux sont pour le moins chahutés dans les… quartiers de leurs communes respectives.

Le premier est un vieux briscard de l’Adéma-PASJ. Le second est un ex-ministre et un encarté du RPM. Le troisième est une des voix les plus influentes au sein du parti au pouvoir. Partis à l’assaut de l’hémicycle sur une liste commune, Wali Diawara et Mamadou Frankaly Keïta se sont fait élire comme les deux députés de la commune I du district. Moussa Timbiné, lui, est un des représentants du peuple en commune V.

Mais problème : La vox populi, qui leur dénie toute légitimité, manifeste bruyamment et violemment depuis que la Cour constitutionnelle a décerné les lauriers de vainqueurs aux trois élus.

Sur les réseaux sociaux, les noms d’oiseaux et les récriminations les plus vives sont lancés comme des boulets de canon à l’endroit des trois personnalités. Inutile de répertorier, ici dans nos colonnes, le florilège des insultes semées à tout vent sur FACEBOOK et autres vecteurs de la toile. Nous risquerions de choquer la sensibilité de nos respectables lecteurs.

Toujours est-il que la vague d’indignation et le torrent de contestations soulevés se sont exacerbés au point de provoquer des échauffourées nocturnes par endroits. A Dioumanzana, Fadjiguila et Sikôrôni (qui font partie des quartiers les plus populeux de la commune I, et où toutes les voix ont été annulées), les scènes de pneus enflammés, de jets de pierres et de pavés contre les policiers en patrouille, de photos brûlées de MM. Diawara et Keïta ; ont émaillé les nuits des habitants, du vendredi au dimanche.

Le lundi, 04 avril, des dizaines de jeunes ont encore battu le pavé en commune I pour clamer leur « rejet absolu de Wali et de Mamadou Frankaly » qui, aux dires des manifestants, « ont profité de leur proximité avec le pouvoir pour voler l’élection. »

Accusant, sans ambages, le pouvoir d’avoir opéré « un hold-up » et d’avoir « nommé les trois susmentionnés », l’écrasante majorité des résidents des communes I et V se dit « déçue de cette décision motivée uniquement par le souci d’éviter le chômage à ces trois proches du pouvoir d’IBK. »

Bien entendu, il ne nous appartient pas, en tant que journaliste et observateur de la sphère politique, de remettre en cause l’arrêt de la Cour constitutionnelle. La légalité, le principe républicain et la déférence due aux institutions, doivent prévaloir. Telle est notre conviction. Il n’est pas non plus, dans notre mission, question de prendre parti pour les contempteurs ou les supporters des trois hommes politiques.

En revanche, ce qui est en jeu dans ces élections controversées en C I (et aussi en C V, C VI, Kati etc.), c’est le lourd soupçon d’illégitimité qui pèse et pourrait continuer de peser sur MM. Diawara, Keïta et Timbiné, partout où ils se rendront dans leurs circonscriptions respectives.

Ayant été laminés dans les urnes, ne devant leur victoire qu’à l’annulation massive des voix de leurs concurrents, accusés d’avoir usé d’entourloupes, considérés comme « non-représentatifs » de la volonté populaire, les trois ont, pour l’heure, une marge de manœuvre pour le moins délicate.

Quelle sera leur attitude respective dans leurs rapports avec leurs populations locales ?

Comment agiront-ils pour des communes dont une franche majorité juge qu’ils sont « mal élus » ?

Déjà, la dizaine de policiers postée aux domiciles respectifs de Wali Diawara et Mamadou F. Keïta préfigure d’un début de législature difficile pour eux. Alors qu’un élu local doit pouvoir se mouvoir dans sa circonscription comme un poisson dans l’eau, eux vont-ils être contraints, pour un temps, de pratiquer une « distanciation sociale » avec les habitants de leur commune ? Ce ne serait guère approprié politiquement. Mais, laissons à l’avenir proche le soin de nous apporter la réponse.

Tout bien pesé, le cas Wali Diawara et Mamadou Frankaly Keïta, mais aussi l’exemple de Moussa Timbiné, sont symptomatiques d’un malaise et d’un mal-être qui se sont insidieusement emparés de notre démocratie.

Au fil des scrutins mal ficelés, des résultats contestés, des verdicts qui interrogent et sèment le doute, des caciques politiques qui gagnent presque toujours alors même qu’ils sont fortement mésestimés ; le peuple désabusé a fini par se convaincre que sa voix compte pour quantité négligeable, que son suffrage lui est dérobé, que son expression est étouffée, que sa volonté est méprisée, et que sa confiance est trahie.

Faut-il dès lors s’étonner de l’abstention record et du rejet massif que nos hommes politiques inspirent à l’électorat ?

Mohamed Meba TEMBELY

 



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