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Politique

HONORABLE KALEF TESSOUGUE, SUR LA CRISE SECURITAIRE AU CENTRE DU MALI ‘’Loin de chercher un responsable, il faut trouver impérativement une solution à ce fléau’’




Depuis la proclamation des résultats des élections législatives par la Cour constitutionnelle, le pays fait face à une crise socio-politique qui menace les fondements de la République.  Pris à la gorge, le régime semble oublier la crise sécuritaire du nord et du centre du Mali. Le député élu de bankass, Kalef Téssougué, dans cette interview exclusive, nous fait vivre les difficultés qui coupent le sommeil aux populations des cercles de bankass, Koro et Bandiagara. Il estime que les récentes manifestations sont la conséquence d’une mauvaise lecture de la crise. 

Les Echos : Le Centre du Mali en général et plus particulièrement le cercle de Bankass, est en proie à une insécurité sans répit. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?

Kalef Tessougé : Cette insécurité a commencé avec les douloureux événements, et seul le nord était écumé par cette crise. Malheureusement, par extension, il a passé du nord au centre, particulièrement au cercle de Bankass. Aujourd’hui, en effet, personne ne peut dire concrètement quelle est la raison de ce conflit, puisqu’au fil du temps, il a pris une dimension ethnique qui mettait en scène le litige entre les peulhs et les Dogons. Ainsi, la situation a atteint un niveau exponentiel à travers l’avènement du djihadisme, émergé vers le centre. Ce djihadisme a pris pour cible les villages peulhs pour pouvoir s’introduire au centre. Ces exactions contre les peulhs ont rendu sanglante cette mésentente entre ces deux peuples qui vivaient en parfaite harmonie. Elle a engendré une série de vengeance des uns contre les autres, des deux ethnies.

 Les Echos : Pour beaucoup de Maliens, surtout ceux du sud, les milices d’auto-défense sont à la base des exactions au centre, partagez-vous cette position ?

K.T : Je rejette complètement cette idée. Les milices d’auto-défense, particulièrement le Dana ambassagou est créé pour protéger les habitants.  Et aussi en raison de sa mission de défense de l’intérêt de sa communauté, il est légitime aux yeux de leur citoyen. Par exemple, pour les gens qui sont froidement assassinés dans leur fuite, des greniers brulés, des enfants tués, à la suite aucune réaction de la part du gouvernement  contre ces assaillants. A cet état de fait, nous ne pouvons pas rester les bras croisés, sans rien faire sachant que des gens meurent injustement.  Pour cela, il faut savoir que le Dana ambassagou est au service de la population en préservant leurs biens et en protégeant les personnes de leur zone.

Les Echos : Concrètement, y a-t-il un véritable maillage de nos forces armées pour sécuriser les populations du centre ?

K.T : Effectivement, ce maillage n’est pas vraiment à la hauteur. C’est l’amer constat, au regard de l’accroissement des criminalités contre la population résidant dans lesdites localités prises pour cible par les djihadistes. Pour cause, la levée des différents camps qui existaient dans les communes, notamment de Bankass, de Bayi, et même de Dialassagou. Ils ont été délogés en laissant le terrain vierge sachant que la menace plane toujours. Et c’est ce qui a conduit à l’assassinat des paisibles citoyens. Aujourd’hui, la situation est très dramatique et même critique. A cela, il y a lieu de se demander concrètement quel est le rôle de l’armée malienne ? Mieux, l’Etat malien se soucie-t-il encore de l’insécurité au centre ?

Les Echos : En tant qu’élu, la population fonde beaucoup d’espoir sur vous, particulièrement quand on se réfère à votre message de campagne. Alors, selon vous, quelles doivent être les solutions pour éradiquer ce fléau ?  

K.T : La population fonde beaucoup d’espoir sur nous. Et nous sommes au four et au moulin pour satisfaire l’attente de la population pour un retour rapide de la paix. A ce titre, nous sommes à l’œuvre nuit et jour. Toutefois, par rapport à notre mot de campagne, nous avons montré à la population notre détermination à lutter pour la cause du centre, particulièrement le retour de la paix et de la quiétude. Notre ambition est de faire entendre, au sommet, les grognes de cette population fatiguée de cette situation d’insécurité. Pour se faire entendre, la population a besoin d’un locuteur valable et capable d’expliquer, en tout état de cause, les conditions de vie de la population du centre à ceux en charge de la question au niveau de l’Etat. Et je pense que nous sommes aujourd’hui dans la logique en tant qu’élu à l’hémicycle du cercle de Bankass.  Pour cela, nous nous sommes imprégnés de l’information relative à cette crise afin d’orienter l’action gouvernementale vers le centre.

Les Echos : Notre pays traverse un moment critique de son histoire. Nous vivons un moment de crise multidimensionnelle. Que proposez-vous, en tant qu’élu, comme solution ?

K.T : Personnellement, ma proposition est que les Maliens se parlent en toute franchise, en privilégiant l’écoute mutuelle. Au début, le problème était purement et simplement politique. Mais, à ce stade, je vois qu’il y a d’autres problèmes, de nature différente en dessous que la majorité des Maliens ignorent. Sinon comment on peut comprendre qu’à un problème politique, on ne puisse pas trouver une solution politique. Cela n’est pas possible. Puisque la solution politique est consensuelle ou les parties s’unissent autour de l’essentiel : la gestion des problèmes de la nation. Cependant, ces deux clans n’arrivent pas à s’entendre et même à trouver un point de sortie de crise. Ils exigent carrément faire partir le Président ; d’où nous pensons que c’est créer une entorse pour notre démocratie. Nous ne voulons pas revivre le même drame de 2012.  Dans la perspective de venir à bout de cette crise politique, la CEDEAO s’est mise dans la danse en tant que médiateur et ensuite certains chefs Etats de haut niveau se sont dépêchés sur notre terre pour la même raison : tenter de trouver un compromis entre les deux protagonistes. A ce niveau, il faut reconnaitre que, si le problème est vraiment politique, qu’on aille vers des solutions politiques. En outre, s’il y a un quelconque dessous, qu’ils le disent aussi aux Maliens. Malgré cette zone d’ombre, nous ne partageons pas la volonté du M5-RFP parce qu’à notre avis, c’est anti-démocratique.  En plus de cela, dissoudre l’Assemblée nationale serait aussi un acte d’injustice envers d’autres populations dont les choix n’ont pas fait l’objet d’aucune contestation. A mon avis, il serait préférable de se tenir au protocole de la CEDEAO de sortie de crise pour ne pas amplifier le problème. Aujourd’hui, quand je vois le M5-RFP crier dans les rues de Bamako, je déduis qu’ils ne sont pas solidaires avec nous qui sommes du centre. Pour preuve, les massacres du centre ne font pas froid à leurs yeux ; aucune lettre ouverte ou même de geste de compassion ou de condamnation de leur part. Par exemple, si ces différentes demandes de ce mouvement du 5 juin- rassemblement des forces patriotiques venaient à se réaliser, quel sort est réservé pour les habitants du centre ? Par ailleurs, on crie à la mauvaise gestion des affaires du pays, une faute attribuée totalement au chef de l’Etat. Alors que quand nous regardons, la plupart de cses éléments en tête de ce mouvement ont une fois servi ce régime et n’ont pas démissionné à cause d’une mauvaise gestion. A ce que je sache, ils ont été écartés à la suite du renouvellement du gouvernement. Conscients de ce blocage d’accès à l’arène du gouvernement, ils se lèvent pour s’attaquer au Président de la République par des arguments dont eux-mêmes ont une fois été architectes.  Malgré les difficultés qui assaillent notre pays, nous avons tous la même visée : le retour de la paix et du vivre ensemble. Pour cela, il faut former le gouvernement d’union national et changeons la gouvernance. Ce n’est qu’à cette condition que le Mali connaitra un équilibre.

Les Echos : Avez-vous eu un débat sur le Centre lors d’une session plénière ?

 K.T : Par rapport au débat à l’Assemblée nationale, nous n’avons pas discuté sur le sujet du centre. Cependant, nous avons personnellement entrepris des démarches allant dans le sens. En effet, la première était de rencontrer la communauté dogon pour un examen de la situation, et discuter sur une éventuelle solution. D’abord, nous avons proposé d’aller voir au sein de l’Assemblée nationale, le président de la commission de défense pour lui expliquer notre position concernant le problème du centre. Cette crise est multidimensionnelle. Par contre, le plus urgent était de trouver un moyen pour que les parents puissent rejoindre leur champ au mois de mai et juin. Tel était notre devoir d’approcher qui de droit pour lui expliquer ce qu’il faut faire pour redonner l’espoir à la population pendant cet hivernage. A travers l’effort du président de la commission de défense, nous avons réussi à rencontrer certains acteurs en charge de la question sécuritaire au Mali. Il s’agissait du secrétaire général du ministère de la défense, le chef d’état-major de l’armée malienne, et les autres députés des localités du centre notamment de Koro, Bankass, Bandiangara et Douentza. Ensemble, nous avons ténu une journée de travail afin de dégager un plan d’intervention militaire. A cet effet, nous avons conclu qu’à Bankass, il faut un jack-pointe et aussi à Bissa ; également au niveau de Bouaré. Et Socoura est déjà doté de camp militaire. Nous pensons que ces cercles sont les plaques tournantes de cette localité. Ils peuvent constituer une barrière contre les ennemis. A la fin de la séance, l’état-major de l’armée a pris acte. Il faut reconnaitre que nous avons fait ce travail préliminaire à l’absence du gouvernement. Alors dans un pareil cas, la démarche à un certain niveau serait bloquée car pour l’exécution d’un tel programme d’intervention, il faut l’approbation du ministre de la défense. Ce blocage a permis aux bandits armés de produire un autre drame au centre. Toute chose que nous condamnons avec fermeté.  Nous avons attiré l’attention des autorités politiques et militaires du pays pour les prévenir contre les attaques au centre. Egalement, dans le but de maintenir les activités économiques de la localité, nous avons proposés de mettre en place un cortège pour accompagner les usagers de la route de l’axe Bankass-Bandiagara. Et cette proposition a été accueillie avec enthousiasme par les militaires. Ensuite, à l’issu de la rencontre avec le chef d’opération militaire, nous avons récapitulé la situation au centre et le travail à faire. Pour que ce processus arrive à s’accomplir, il faut la signature du ministre de la défense qui n’était pas encore en place.

Les Echos :  Est-ce que des démarches sont-elles prévues pour le retour de la paix au Centre ?

K.T : Aujourd’hui, le député est le porte-parole et l’œil et la bouche de la population. A ce titre nous ne manquons jamais l’occasion de rappeler à l’Etat sa mission régalienne de sécurisation des citoyens sur toute l’étendue du territoire national. La démarche à l’interne consistait à sensibiliser la population à la cohésion et à l’entente sociale. Loin de chercher un responsable, il faut trouver impérativement une solution à ce fléau. Pour cela, le dialogue est l’élément fondamental. Les pourparlers et la sécurisation des lieux vont de pair. C’est dans ces conditions que nous connaitrons la paix réelle. Donc c’est ce que nous demandons à l’Etat malien de faire pour notre population.

Les Echos : Quelle marge de manœuvre avez-vous mis en place pour éviter les tragédies comme celle de Bouaré ?

K.T : Nous déplorons et condamnons l’acte perpétré à Bouaré. Ainsi, nous présentons les condoléances à toutes les familles endeuillées en particulier et à toute la population de Bankass en général. Pour cela, des listes ont été élaborées en fonction des dégâts matériels et humains causés. Ces listes pourront permettre de venir en aide à ces personnes déplacées et autres victimes de la tragédie de l’époque. Nous avons mobilisé des fonds et aussi nous allons bénéficier pour accompagner les populations déplacées.

Les Echos : Quelle solution envisagez-vous, pour le retour de la paix au centre ?

K.T : L’essentiel est que ces zones du centre en proie à l’insécurité se présentent comme une agglomération où chaque localité constitue une cible non négligeable. Pour la coordination des attentes, les députés doivent s’unir autour du problème qui engage tous. Le député dans sa mission, suit l’action du gouvernement, l’évalue, mais en ce moment, il se trouve que nous n’avons pas de gouvernement ; chose regrettable. Aussi, pour la résolution de la crise au centre, il est avéré que notre Etat représente un maillon faible de la situation. Et c’est ce qui crée la confusion dans la tête de tout un chacun. Alors que, dans un Etat fort, le député peut être visible, entendu, à même d’amener l’Etat à exécuter des actions de marque dans sa localité. En raison de cette faiblesse, toutes nos actions sont vaines. Néanmoins les idées sont là, la volonté est manifestée aussi. Nous les députés de Koro, Bankass, Bandiagara, savons réellement ce qui se passe au centre. Nous sommes de cœur avec eux.           

 Les Echos : Quel appel lancerez-vous à la communauté nationale et internationale ?

K.T : J’invite les maliens à être solidaire avec leurs semblables, en particulier ceux du centre. Ce qui se passe au centre est su et connu par tous. Ils font souvent les oreilles sourdes face à la situation. Ils pensent que ce conflit est uniquement ethnique entre peulh et dogon. Aujourd’hui le problème est étendu, c’est maintenant entre djihadiste et dogon. Or, dans la logique de la définition attribuée au djihadisme, il n’est pas le combat d’une seule Nation. Pour cela, nous demandons aux Etats de la sous-région de la CEDEAO de s’engager pleinement dans la lutte avec le pays pour éradiquer définitive cette épine qui coupe le sommeil à tous les habitants de la zone Saharienne.

Propos recueillis par

Ibrahim Sanogo

Lassine Sidibé

Stagiaire

 



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