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Economie

FRANC CFA Celui qui sait est-il comparable à celui qui ne sait pas ? Dr Lamine KEITA




I. Problématique

Au niveau individuel, si celui qui sait n’est pas comparable à celui qui ne sait pas, qu’en est-il pour une science qui ne sait pas sur quoi elle porte, ignorant de surcroît jusqu’à l’existence de la mesure qu’elle produit pourtant ?

En effet, nous avons vu dans un article précédent, que des suites d’une faiblesse méthodologique, les économistes n’auront su définir exactement ni l’objet de leur discipline, ni l’instrument de mesure de la discipline, encore moins le résultat de la mesure.

 

II. De l’importance de la méthode et de l’instrument de mesure

Nous avons vu également comment une telle situation aura fini de plonger la discipline économique dans un flou général qui les maintient dans l’idée absurde éloquemment décrite par C. SCHMIDT[1] , selon lequel « le domaine de l’économie est habité naturellement par des quantités et des prix et qu’il se prête d’emblée par conséquent au dénombrement sauvage et à la quantification naïve».

Tout en relevant que la mesure ne saurait être le fait de la nature, nous avons établi que la mesure est plutôt établie par une science mûre, ayant atteint un niveau de développement technique et technologique certain, qui lui permet de concevoir un instrument de validation en son sein, son instrument de mesure.

C’est ainsi que, lorsque deux physiciens sont en conflit au sujet de la température d’un mélange de fluides à des températures différentes, l’usage du thermomètre par toute personne permettra de fournir la température réelle du mélange avec laquelle le meilleur spécialiste devra être conforme, tout en sachant que le résultat fourni par le thermomètre est sans appel. Il reste donc important de comprendre qu’un tel instrument ne peut être produit dans la naturequi saurait mieux s’offrir un rôle que celui de pourvoyeur d’instrument de mesure.

 

III. L’Economie scientifique, comme toute sciencebien constituée

Ainsi, l’Economie scientifique, contrairement à cette économie à laquelle nous sommes pourtant habitués, connait son objet, sait comment mesurer et quoi mesurer et avec quoi.

Aujourd’hui, nous allons fabriquer une expérience simple toujours en rapport avec une préoccupation concrète de la population pour montrer encore la défaillance de cette discipline qui se trouverait à l’étape du moyen-âge comparativement à l’Economie scientifique.

Nous savons que si nous provoquons une fuite de chaleur dans un environnement fermé, la température interne baisse inévitablement et en toute logique. Le calcul de la baisse constatée permet tout simplement de chiffrer le niveau de cette baisse.Cependant, il faudra bien savoir mesurer pour éviter de changer d’échelle sans le savoir.

 

IV. Une expérience de destruction de valeur en économie

Nous avons compris que l’activité économique à un moment déterminé dans un environnement constitue une quantité de valeur qui est soumise aux échanges entre les agents économiques. Nous avons vu que l’autorité monétaire, en violant la règle d’interdiction de la diminution des poids et mesures, peut retirer une quantité importante de valeur du circuit économique à son profit.

Ainsi, sur la base d’une masse monétaire du mois d’octobre 2017 dans les pays de l’UEMOA qui s’élevait à 23 531,6 milliards de FCFA[2], soit 36 milliards d’euros environ, la décision de ramener le FCFA à sa propre moitié comme cela a été le cas en 1994, permet à la France d’exproprier ces populations africaines au nom de la dévaluation pour un montant équivalent à la somme de 18 milliards d’euro, que les populations africaines appauvries sont obligées de lui céder en toute ignorance, tout en mourant de toutes les maladies dont la malnutrition sévère et même des guerres qui lui sont imposées car trop appauvries pour se défendre.

Cependant, il convient de relever que le retrait de cettequantité de valeur de la circulation et son transfert au Trésor français s’opèrent concomitamment avec l’introduction d’un nouvel instrument de mesure, la moitié du précédent.

Il reste clair, tout comme en physique avec la fuite de chaleur, qu’en retirant une quantité de valeur de l’économie,  les prix devront nécessairement baisser. Cela ne devrait constituer qu’une question de bon sens, le calcul précisantsimplement le niveau réel de la baisse.

Cependant, en 1994, le Fonds Monétaire international et la Banque mondiale, venus au secours de la France pour imposer cette diminution des poids et mesures qu’ils ont dénommée dévaluation du FCFA, ont déclaré, chiffre à l’appui, que l’inflation dans les pays de l’UEMOA s’était établie à 42% un an après cette mesure. Ils ont donc soumis les responsables des pays à toute sorte de pressionpour leur demander de faire baisser les prix, afin d’en soulager la souffrance des populations.

En réalité, il s’agit plus d’un mal qui n’existe pas, celui de la hausse des prix. Par conséquent, il est demandé aux chefs d’état de combattre un mal qui n’existe nulle part, un cynisme, s’il n’est pas en plus doublé d’une ignorance criarde.

Aujourd’hui, l’Economie scientifique, par le simple bon sens et l’analyse par la suite, montrequ’en réalité, ces responsables des pays ont été soumis à de fausses pressions, la hausse des prix contre laquelle ils devaient se battre n’étant pas réelle. En revanche, la souffrance causée aux populations est bien réelle du fait d’avoir été expropriées par le FMI et la Banque mondiale en complicité avec la France, devenant par conséquents plus pauvres du fait de cettepratique inéquitable de dépréciation du FCFA qui est venue s’ajouter aux longues années de mesures d’austérité qu’elles ont endurées dans le cadre de ces politiques d’ajustement structurel.

Pour comprendre que l’inflation annoncée de 42% n’existe pas et qu’elle serait même en contradiction  l’appauvrissement de la population, il importe que toutes ces situations incongrues soient clairement bien expliquées, ainsi que nous le ferons dans la suite.

 

IV. Bien comprendre que la dévaluation du FCFA est une pratique prohibée

En effet, la pratique de dévaluation du FCFA, qui constitue la violation de la règle d’interdiction de la diminution des poids et mesures, est une mesure d’expropriation des populations de la moitié de la valeur de leurs ressources monétaires, qui se trouve retirée du marché et pour être transmiseautomatiquement au Trésor français, l’autorité monétaire. Il s’ensuit, à l’identique de la fuite de chaleur d’un environnement fermé, une fuite de valeur, conduisant inévitablement à une baisse des prix et non pas à une quelconque hausse.

L’équivalent de la somme retirée de la circulation correspond historiquement au montant engrangé par le Roi sous l’appellation de droits de seigneuriage récoltés à l’issue de la diminution de l’ECU dans le Royaume de France, de 1360 jusqu’à la Révolution française en 1795, date à laquelle l’écu a été aboli et le Franc, doté du dixième et de son centième, institué à la place de la Livre Tournois.

 

VI. Seule, une baisse des prix est consécutive à la dévaluation du FCFA, jamais l’inflation

En effet, l’ignorance de théorie de la mesure n’aura pas permis aux économistes de la Banque mondiale et du FMI de comprendre que l’instrument de mesure d’après la dévaluation du FCFA et celui d’avant cette pratique d’extorsion  ne sont plus les mêmes.

A titre de comparaison, pour bien comprendre l’état de confusion dans lequel se trouvent enfoncés ces économistes, la situation en économie s’apparenteà celle qui consisterait en physique à mesurer la température dans l’échelle Celsius avant de provoquer la fuite de chaleur, et, après la fuite de chaleur provoquée, à utiliser l’échelle Fahrenheit, tout en se permettant de comparer directement les deux résultats de mesure pour conclure à une hausse de température. Il reste clair, que dans ce cas précis, l’erreur aurait pu être facilement découverte car la mesure ne saurait contredire le simple bon sens.

En revanche, en économie, le caractère artificiel des indicateurs de prix ne permet pas de se rendre compte d’une telle confusion étant donné que les idées à la base de leur formulation n’ont en général aucun rapport avec une réalité concrète.

 

VII. L’Economie scientifique ou la cohérence des indicateurs avec la réalité

Pour rétablir la réalité des chiffres et leur cohérence avec les faits, nous montrons que sur la base du nouvel instrument de mesure qui est plus petit, le prix est établi à la fin de l’année 1994 à un niveau de142 ; ce qui a été interprété comme un taux d’inflation de 42%. Nous allons comprendre pourquoi cela ne correspond à aucune réalité concrète.

En effet, en respectant le principe du calcul des indices, le niveau de base de départ de l’indice est de 100 en janvier 1994, mais ici, ce nombre est établi sur la base du premier FCFA qui est le double du nouveau FCFA. Donc en toute logique, ce niveau vaut 200 dans le nouvel instrument de mesure.

Par conséquent, ce niveau de 200 au départ doit être comparé au niveau de 142, à l’arrivée, les deux mesures ayant été prises avec le même instrument de mesure,étant ainsi rendues directement comparables. Ce faisant, le taux de variation annuelle des prix est de :

(142-200)/200  = 71% - 100% = -29%.

Par conséquent, la déflation est présente à l’issue de la dévaluation du FCFA en 1994 avec un taux de baisse des prix de 29%, ce qui est cohérent avec l’extorsion des ressources des populations, c’est-à-dire leur appauvrissement.

Un autre raisonnement simple permet d’aboutir au même résultat. Il s’agira alors de considérer le premier instrument de mesure, le double du second, selon lequel le niveau de 142 dans le nouvel instrument doit être établi à la moitié de cet indice, soit 71%. Ainsi, il faudra comparer cet indice à l’indice de départ qui est de 100. D’où la variation annuelle qui se chiffre à :

 71% – 100% = -29% ; soit encore une baisse de 29% des prix.

VIII. En conclusion

La réalité de cette baisse des prix à la suite de la pratique de dévaluation ne souffre d’aucune insuffisance, dès lors que l’on sait que cette mesure de dévaluation correspond à une procédure de fraude initiée par les Rois de France au moyen-âge pour soutirer au profit du Roi la moitié de la valeur de la masse monétaire détenue par la population, un montant désigné sous l’appellation de droits de seigneuriage que le Roi recouvrait après la manipulation à la baisse de l’ECU que le décret du 18 Germinal An III (7 avril 1795) a aboli.

Malheureusement, 150 ans plus tard, en 1945, la République française, par l’autorité du Général De Gaulle, aura rétabli cet Ecu dans les colonies en violation de ce décret, sous l’appellation de FCFA, ce que les historiens n’auront pu dénoncer en Europe ou en Afrique et encore moins les économistes.

Il reste clair, que la France est bien consciente des conséquences dangereuses de cette pratique de vol qui lui permet de réaliser un profit énorme parmi les plus injustes et contreproductifs, si ce n’est par cynisme doublé d’une ignorance criarde qu’elle avoue ainsi lorsqu’elle réplique aux fonctionnaires de Bruxelles, pour affirmer que le FCFA n’est pas un problème monétaire européen, mais un problème budgétaire français, un système de fraude hérité de ses ancêtres.

Dr Lamine KEITA, laminemacina@yahoo.fr

Auteur de l’Economie scientifique

 

[1] C. Schmidt, “La sémantique économique en question ”Calmann Lévy, 1985, p. 11.

[2] Tableau N° 1.1 Agrégat de monnaie à fin octobre 2017- Bulletin de statistiques monétaires et financières – Décembre 2017 Sources BCEAO



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