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Politique

DEPART DES TROUPES FRANÇAISES DU MALI Dr Aly Tounkara prévient sur les risques !




Depuis un certain le temps le sentiment de la politique refait surface au Mali. Pour en savoir plus sur cette épineuse question, un spécialiste des questions sécuritaires au Sahel, Dr Aly Tounkara nous fait une analyse pertinente et intéressante. 

Dans une analyse assez fournie, Dr Aly Tounkara pense fondamentalement que la montée en puissance du sentiment de la politique  anti-française au Mali s’explique à partir d’un certain nombre de facteurs parmi ceux-ci, il y a la méconnaissance de la nature et les modalités d’intervention même de l’armée française au Mali et au Sahel de façon générale notamment le mandat de la force Barkhane. Il soutient que le mandat des troupes françaises est méconnu par un nombre important des acteurs qui demanderaient mordicus le départ immédiat des troupes françaises. Un autre élément important, est aussi, lorsqu’on échange avec ces acteurs qui demanderaient le départ de la troupe française, on se rend compte que beaucoup d’entre eux sont dans une ignorance absolue du contenu du mandat qui caractérise justement la présence de la force Barkhane. D’autres acteurs ont également des perceptions tout à fait non satisfaites quant à l’offre et à la demande de la sécurité. C’est vrai que des efforts ont été consentis et qui sont toujours en cours de l’être par la force Barkhane en vue de lutter de façon efficace contre les groupes radicaux violents tant dans les régions dites nord du Mali ainsi que celles du centre. Malheureusement pour beaucoup de Maliens, ces efforts n’ont pas permis le retour à une paix durable. Donc les attentes en termes de l’offre et de la demande de sécurité des populations ne sont pas comblées à cet effet. Dans le même temps comme facteurs aussi, il y a aussi la non visibilité en tout cas d’un certain nombre de victoires remportées par les armées partenaires en occurrence la force Barkhane. Ce sont ces sentiments, ces clichés, ces ignorances liées à la nature du mandat et aux modalités opérationnelles des troupes françaises qui expliqueraient aujourd’hui cette ruée vers ce sentiment antipolitique française.

Sur la question centrale, est-ce que faut-il plaider pour un départ immédiat des troupes françaises au Mali ? Dr Aly Tounkara, connu pour ses analyses pertinentes dira que de toutes les façons, la France, elle le dit et réitère, elle n’est pas au Mali ni dans le sahel pour éternité. Son retour un jour est tout à fait d’actualité. « Cependant vouloir aujourd’hui demander un départ immédiat des forces partenaires notamment la force Barkhane française sans pourtant s’inscrire dans une posture de négociations mais dans le même temps d’évaluer le contexte et la circonstance aussi de toutes ces menaces sécuritaires auxquelles le Mali fait l’objet sans pourtant succomber au sensationnel ni au populisme », a-t-il prévenu.

A l’en croire, un départ immédiat des troupes françaises pourrait être fallacieux pour pas mal de localités notamment celles en proie à l’insécurité grandissante. Aujourd’hui les élites politiques et militaires maliennes n’ont aucune alternative dans le cours terme susceptible de remplacer de façon efficace surtout efficiente la présence française une fois que celle-ci venait à quitter le territoire malien. Au-delà de ce sentiment de se prendre en charge, au-delà de ces soucis d’assoir son autonomie, sa légitimité et même sa souveraineté, il est quand même important que lorsque nous agissons dans des situations aussi particulières d’être lucide et conséquent avec soit même. S’inscrivant toujours dans la même vision, Dr Aly Tounkara, a affirmé qu’un départ prématuré des troupes françaises pourrait être plus grave pour le Mali que la situation de 2012 qu’a connue le pays. « Je crois qu’il serait extrêmement prudent de poser un certain nombre de conditionnalité, ce qui reste quand même faisable. Ces conditionnalités ont pour nom pour rendre les différentes actions qui sont en train menées par les forces partenaires pour les rendre plus efficace, plus pertinente et même plus légitime. Il serait urgent aujourd’hui que les autorités de la transition demandent plus tôt d’avantage des actions communes. Ce qui est reproché aux troupes partenaires, c’est d’évoluer en solo. Quand on analyse les différentes victoires remportées et brandies par la France, sont des victoires majoritairement orphelines de la présence des armées partenaires », a-t-il fustigé.

Aussi, a-t-il renchérit qu’il serait judicieux de demander plutôt à la France d’engager des actions en parfaite collaboration militaire avec les éléments de force de défense et de sécurité, laquelle collaboration devait être sincère et partagée. Mais malheureusement, les acteurs qui demandent le départ des troupes Françaises ne maitrisent pas la façon dont les différentes forces en présence évoluent sur les différents théâtres des opérations. Une des exigences qu’on doit avoir en tant que l’Etat souverain, ce sont plutôt ces exigences liées au haut commandement militaire malien. C’est à l’élite politique malienne de définir des visions communes, des stratégies communes, des domaines d’intervention clairement identifiés, une fois que celles-ci sont dégagées, il va de soi que les forces partenaires s’inscrivent dans ces visions communes et surtout les domaines dans lesquels l’Etat central du Mali entend bénéficier l’appui de ses partenaires. Mais comment voulez-vous reprocher aux armées partenaires de ne pas être autant cohérentes avec l’armée nationale étant donné qu’au même moment le pays d’accueil qui est le Mali n’a pas de stratégies dans la durée ? Donc ce sont ces insuffisances qui expliqueraient le pourquoi d’ailleurs de cette montée de sentiment antifrançais. « Je crois qu’il est extrêmement important que l’on soit conséquent avec nous même, que nous ayons le courage de questionner les difficultés internes. Une fois que ces difficultés internes sont questionnées, les responsabilités doivent être situées. Qu’est ce qui fait qu’aujourd’hui des visions communes ne sont pas dégagées dans la durée ? A titre d’exemple si l’on prend les deux quinquennats du président Keita, chaque nouveau premier ministre est venu avec son plan de sécurisation du nord et du centre. Donc l’absence de stratégie commune dans la durée, il va de soi que l’on assiste à un embouteillage en termes d’action militaire, que l’on assiste à une sorte d’action isolée en termes d’action militaire. Tout cela incombe au haut commandement militaire et à l’élite politique malienne en premier lieu avant d’accuser d’abord les forces partenaires », a-t-il martelé.

En fin, comme dernier élément, Dr Tounkara souligne que ce qu’on peut demander aujourd’hui aux forces partenaires notamment à la France en particulier, lorsqu’on regarde les différents fonds alloués aux armées africaines en occurrence la force conjointe le G5 sahel, ces différents fonds ne sont pas gérés par les pays bénéficiaires. Ils sont détenus par la France à travers ses sociétés de prestation, donc la question consisterait à exiger à ce que ces différents fonds fassent l’objet d’une gestion commune. Que ces différents fonds fassent l’objet d’une transparence et d’un usage beaucoup pertinent. Ce sont ces actions entre autres qui doivent être entreprises par cela qui demanderaient le départ immédiat des forces françaises. Une fois que ces différents éléments sont soulevés il y va de soi que les partenaires du Mali se rendent que le pays d’accueil est plus sérieux avec lui. Lorsqu’on est dans le sensationnel, lorsqu’on est dans l’éphorie de la rue et des manifestations, il va de soi que les gens nous prennent pour des guignols.

Ibrahim Sanogo dit Oliver



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