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Politique

CRISE SOCIOPLITIQUE Débat entre pro-M5-RFP et pro-majorité présidentielle : entre les deux qui a raison ?




Un adage du Mali profond dit ceci «Yerèwoloya mana ban ka tô to yerèkofoma, kanidadoala. Ta tai mogow mina o de tagninikoloKaguelen». Cela veut dire en substance que partout où l’on cesse de parler des valeurs du terroir pour ne parler que de soi, fuyez ce lieu! Celui qui n’a rien possédé, est celui qui est forcené.

Depuis quelques temps, nous assistons à un débat pénible entre des prétendus légalistes d’une part et des supposés légitimistes d’autre part.

Ballet de tous ces médecins Diafoirus retardataires ou bal des hypocrites, toujours est-il que des jokers ressortent de partout et nous serine les habituels arguments fallacieux qui ressortent aussi des placards poussiéreux.

Qui est le peuple ? Qui ne l’est pas ? Peut-on exiger la démission d’un Président ?Qu’est ce qu’un coup d’Etat, la désobéissance civile, un crime imprescriptible et impardonnable ?

Et voilà la musique construite autour du petit mot qui va faire mouche ou de la petite phrase qui ridiculise et surtout l’usage excessif du «moi», du «je»,de «ce que j’ai fait ou j’ai dit ou de ce je ferais demain», il faut sauver l’homme pour se sauver soi-même et la mayonnaise qui fait grossièrement — mais dangereusement — son effet, maintenir le peuple, à majorité analphabète, enferré dans des jugements de valeurs et postures antagonistes qui le fait perdre inexorablement.

Mettre en parallèle ces deux camps ne m’intéresse pas. Je n’en veux point et ça me dit absolument rien. Ma religion à moi est faite. Il ne s’agit pas de sauver un homme mais de sauver un pays. C’est l’histoire récente même de mon pays qui me l’a enseigné.

Sur la démission d’un Président démocratiquement élu  ? Cela s’est passé il y a seulement quelques années de la manière la plus stupide avec le sympathique Président ATT, le prédécesseur du Président IBK. Le malheureux fut chassé du pouvoir au prix d’un coup d’Etat tout aussi « stupide » (le mot fut employé par le représentant de l’Union africaine au moment des faits) ayant entrainé la suspension de la Constitution, la dissolution des institutions et des violation massives des droits et libertés. Au lieu d’être rétabli dans ses fonctions pour les mêmes raisons qu’on nous sert aujourd’hui, la Cédéao  elle-même qui organisa la démission du Président en occultant superbement le fameux protocole de la démocratie et de la bonne gouvernance. Mais personne n’est dupe, sauf les gueux, on ne démissionne pas à 3 mois de la fin d’un 2emmandat, la démission d’ATT n’était pas un acte de volonté, mais un acte guidé par la contrainte morale, une violence extérieure déterminante que seuls les sages peuvent percevoir.

Pour ATT, la Cédéao n’a pas lu les textes, elle n’a pas cherché à sauver l’homme, elle a préféré écouter le peuple, tourner la page et ouvrir une nouvelle ère.


Sur l’inacceptable violation de la sacro-sainte Constitution qu’on nous rabâche comme un argument imparable et impardonnable, j’ai envie de dire à ce sujet que notre Constitution a, de tout temps et par tous les Présidents qui se sont succédés à la tête de ce pays, été allègrement violé sur les points les plus importants qui impactent directement sur la vie des citoyens : le droit à l’éducation, à la santé et le droit au travail sont garantis pour tous. Ce sont des droits opposables à l’Etat du Mali octroyés aux citoyens et consacrés par notre Constitution. Et pourtant nous supportions toutes ces violations inacceptables à l’échelle humaine et individuelle. Mais ça, on n’en parle pas.  

La question de fond n’est pas tant de savoir qui a gagné ou qui a tort. On n’est pas en rhétorique, on est dans le réel et le vécu d’une société devenue cruelle par la faute de ses propres acteurs, une société qui se moque de l’intelligence et des professions de foi, une société qui veut du concret, des résultats, un changement irréversible de cap.

Curieusement, tous ces débatteurs qu’ils soient de la majorité présidentielle ou de l’opposition semblent être d’accord sur ces points essentiels maispréfèrent s’écharper et s’étriper autour d’une virginité constitutionnelleà mille lieux des préoccupations du citoyen lambda vivant à Oussoubydjandjan.

La Constitution n’est pas une prison qui ambricadele peuple. Au contraire, elle consacre la proclame l’idée du peuple souverain.

Le Bâtonnier Demba Diallo, dont plus personne ne parle aujourd’hui est pourtant celui-là que nous avions tous vu et entendu, à la télévision nationale, expliquer aux Maliens les vertus de la Constitution de 1992 qui serait selon ses dires un chef-d’œuvre sous régionale. Je me souviens encore, comme si c’était hier des propos tenus lors d’un débat à l’ORTM que le Mali tout entier suivait et par lesquels il a bousculé ma certitude et ma candeur de jeunesse en citant un de ses auteurs préférés : «Les constitutions sont comme les jeunes filles. Elles sont faites pour être violées. Le viol par un dirigeant ne passe pas mais le viol par le peuple est impuni. Le peuple est souverain.» Rassurez-vous, on ne parle pas ici de vulgaire violeur atavique de jeune fille, celui-là n’a aucune espèce de considération pour le grand homme. Il parlait ici du peuple, du droit à l’insurrection et à la rébellion contre les lois iniques et la mal gouvernance. C’était la 1ere fois que nous entendîmes parler de bonne gouvernance, du devoir de rendre compte et de la haute Cour pouvant juger le Président que nous prenions pour en ce moment-là pour une divinité. C’était magique !

Quelle classe et quelle absence !

Assister à un débat sur la Constitution de 92 sans faire la moindre référence à aucun moment à la part contributive immense de feu Demba Diallo relève d’une forme de plagiat intellectuel. 

Vous voyez que de ce point de vue, tout est relatif, tout est une question de point de vue. Tout est une question d’intérêt et puis c’est tout.

Personne n’a raison, personne n’a tort

Amadou Hampaté Ba disait dans un de ces entretiens que «le contraire d’une proposition fausse peut être tout aussi fausse, le contraire de la vérité peut ne peut pas être vraie.Rien n’indique que si un point de vue est faux que l’autre soit vrai, et vice versa.»

Le professeur Abdoulaye Diarra, ancien juge constitutionnel qui nous a quitté il y a quelques années, nous a toujours enseigné que la bonne foi n’a jamais triomphé dans l’histoire des institutions et des faits sociaux. C’est toujours le plus fort qui a raison. Celui qui a raison est celui qui aura triomphé par la force ou par la ruse, c’est aussi une forme de supériorité. Et c’est comme ça que la junte de Amadou Aya eut raison du régime démocratique de Amadou Toumani Touré. L’histoire se répétera tant qu’on ne changera pas de paradigmes de gouvernance.

La démocratie, ce n’est pas que les grandeurs, c’est aussi les servitudes. La bonne gouvernance est le PREMIER PRINCIPE MOTEUR de la démocratie. Ce n’est ni la tenue des élections régulières, elles sont trichées et truquées, ni la stabilité des institutions inféodées au service d’un seul homme et de sa famille ni à l’alternance au sommet de l’Etat par la reproduction du schéma Togolais ou Gabonais chez nous. 

La Constitution qui est au-dessus de toute constitution est celle de la bonne gouvernance pour le bien-être exclusif du peuple tout entier.

Renvoyer les deux camps dos à dos, je préfère. C’est la posture du bon sens, chaque idée part d’une intuition juste et finit par générer sa propre caricature. Pourquoi ne pas violer une constitution déjà violée, de mettre là où il y a eu démission forcée. Voilà le paradoxe de la caricature dans ce débat. Et la caricature est dictée, à chaque fois, par des intérêts mesquins.

Je déteste cette technophiliequ’on veut nous servir où chacun pense qu’il détient la vérité.

Si Maître Demba Diallo était encore parmi nous, il serait aujourd’hui du côté du M5-RFP.

Je suis son héritier sans testament. 


 

Me Alassane Aldior DIOP

 



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