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Politique

CRISE MALIENNE Le difficile exercice des pro-IBK




Les proches et les soutiens du Chef de l’Etat ont sonné la mobilisation pour s’opposer à ceux qui exigent la démission d’IBK. Mais le problème, c’est que beaucoup de défenseurs du Président poussent leur sursaut jusqu’à oser affirmer que tout va bien dans la gouvernance d’IBK. En adoptant cette approche, ne tombent-ils pas dans un déni de réalité qui risque de creuser davantage le fossé entre IBK et le peuple ?

L’imbroglio continue autour du sort de notre IIIè République. Les nuages épais de l’incertitude planent sur l’avenir de notre « Nous » en tant que nation soudée. Le spectre de la division s’étend chaque jour un peu plus et il cause des cassures béantes dans le brassage social, ethnique et culturel qui a été naguère la force de notre pays. Déjà mis à mal par l’irrédentisme des groupes armés qui font la loi au nord, et effrité par les crimes abominables qui rythment le quotidien des Maliens du centre, le ciment de l’unité nationale est en train de se craqueler dans ce qui reste du Mali.

Pendant ce temps, maints flatteurs du pouvoir, soucieux avant tout de conserver leurs privilèges acquis à force de zigzags immoraux, ne trouvent d’autre argument que celui qui consiste à brandir l’étendard du déni de réalité.

Ces myopes politiques de la République vivent-ils vraiment sur la même planète que la population qui souffre ? Ou bien sont-ils enivrés par le jus de l’égocentrisme qui altère depuis trop longtemps leur jugement ? En faisant croire à IBK que tout va bien et en osant claironner que rien ne doit changer, mesurent-ils la faute morale qu’ils commettent vis-à-vis du peuple qui trime, pleure et endure dix-huit millions de tourments ?

Alors même que les Maliens, à la majorité absolue, espèrent voir nos institutions entrer dans une ère d’amélioration, de performance et de pleine objectivité, ces quelques défenseurs d’un statu quo impossible persistent à vouloir figer l’aiguille du changement de cap. Accrochés à des certitudes qui rament à contre-courant de l’évidence, et piégés dans le labyrinthe de leur mal gouvernance, ces avocats des pratiques actuelles peinent encore à réaliser qu’ils portent à leurs bras des montres qui ne sont plus vraiment à l’heure.

Ces champions du tel quel sont certains caciques, individus, associations et mouvements divers, qui soutiennent sur du faux la cause du régime IBK. Depuis une semaine, on les voit qui s’organisent tambour battant. Et ils le jurent. Leur cri de ralliement, c’est préserver le fragile socle sur lequel la patrie tient encore. Leur motivation, c’est « être les sentinelles » de l’ordre républicain sans lequel le pays péricliterait dans les abîmes.

Reconnaissons-le. Leur démarche est de bon aloi, certes. Leurs intentions découlent d’une juste logique, pourquoi pas.

Mais, l’argumentaire des IBKistes et autres défenseurs du régime qui arguent que tout doit rester en l’état, buttent sur quatre circonstances accablantes qui plaident contre la galaxie IBK.

D’abord, le bilan. Malgré leur zèle à défendre l’indéfendable et leur entrain à prouver l’indémontrable, les chantres du tout-va-bien ont grand ’peine à vendre les résultats maigrelets du Président de la République depuis 7 ans.

Ensuite, l’évidence. C’est que depuis 7 ans, beaucoup de nos gouvernants ont pris trop de libertés et ont commis moult désinvoltures vis-à-vis de la Constitution de 92. Autant de comportements qui frôlent l’anti-républicanisme ont nourri le manque absolu de confiance des citoyens dans les institutions, et ont (est-il même besoin de le rappeler ?) activé les boutons de la colère généralisée contre le régime actuel.

Aussi, les antécédents. Car, ironie de l’histoire, en 2008, l’actuel locataire de Koulouba, vent debout contre la contre-performance supposée de l’Exécutif d’alors, avait gentiment demandé à ATT de « s’améliorer ou passer la main. »

A présent qu’il est dans la position du sermonneur sermonné, IBK va-t-il comprendre que les appels à sa démission sont en réalité la complainte de millions de ses compatriotes qui attendent de lui qu’il agisse mieux ?

Enfin, l’approche qu’IBK a du pouvoir, est le quatrième aspect qui l’accable aux yeux d’innombrables citoyens. Cela est un secret de polichinelle : IBK préfère régner sans gouverner. Laissant tout ou presque aux soins de ses Premiers ministres successifs, le Chef de l’Etat (à quelques exceptions près) ne met pas sa main dans le cambouis. Deux exemples symbolisent ce mode de gestion d’IBK. Le premier concerne ses « Je n’étais pas au courant » souvent confessés à propos de certains dossiers brûlants. Le second, d’une fraîche actualité, est l’incroyable enlisement qu’avait connu le dossier des enseignants.

Or, cette posture du Président n’a cessé de renforcer dans l’esprit de ses concitoyens l’idée qu’il est éloigné et déconnecté du peuple.

On le voit. La plaidoirie à décharge que les zélateurs du régime IBK mènent, souffre de beaucoup de failles.

Mais, malgré ses erreurs répétées de gouvernance, IBK, en Père de la nation, détient en grande partie la clé pour tirer le Mali d’affaire et sauver la fragile unité nationale qui demeure. S’il veut convaincre qu’il n’est pas Néron (cet empereur romain qui préféra jouer de la lyre pendant que Rome brûlait), il doit aller au-delà de la main tendue et écouter les voix sages qui lui conseillent : de se réinventer lui-même et d’être le Président non-clanique qui sait poser des garde-fous aux errements de ses proches ; de débarrasser nos institutions des mauvaises herbes qui les gangrènent depuis trop longtemps.

 

Mohamed Meba TEMBELY



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