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Société

CRISE MALIENNE La discrète médiation de l’Eglise catholique




Depuis le 5 juin, le Mali est secoué par un mouvement de protestation avec à sa tête, l’imam Mahmoud Dicko et le mouvement M5 qui réunit des organisations civiles, politiques et des religieux. De son côté l’Église catholique, avec à sa tête le cardinal Jean Zerbo, archevêque de Bamago joue, dans l’ombre, un rôle de médiateur.

Depuis le début du mouvement de contestation au Mali, l’on a très peu entendu l’Église catholique qui est pourtant à pied d’œuvre pour ramener la paix. « Au milieu de cette situation particulièrement difficile, à nous religieux ne reste que le choix entre deux comportements : être des sentinelles et agir comme des médiateurs afin de favoriser le dialogue et le retour au calme », a confié le 24 juin à l’agence missionnaire Fides le cardinal Jean Zerbo, archevêque de Bamako.

La veille, le 23 juin, majorité présidentielle et mouvement de contestation avaient fait un grand pas en avant en acceptant de dialoguer, une première depuis le début de la crise. Celle-ci a commencé le vendredi 5 juin quand, à la fin de la prière musulmane, des milliers de personnes ont marché, à l’appel de l’imam Dicko, parrain de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants (Cmas), un mouvement politico-religieux. Leur but ? Obtenir la démission d’Ibrahim Boubacar Keita jugé « incompétent ». À l’imam Dicko, se sont ensuite joints des partis d’opposition des associations civiles pour former le M5.

 

Sentinelles et médiateurs

Dans son interview à l’agence Fides, le cardinal Zerbo confie que les confessions religieuses ont uni leur force pour pousser les différents protagonistes au dialogue. « Nous avons constitué un groupe de responsables religieux – musulmans, catholiques et protestants – afin d’exercer des pressions sur le gouvernement et de créer les conditions pour le dialogue, a-t-il confié. Nous nous rencontrons régulièrement et cherchons à parler directement avec les protagonistes ». Pour l’archevêque de Bamako, la situation sociopolitique du pays endurcit le cœur de nombreuses personnes d’où la nécessité de redoubler de prières « afin que Dieu convertisse le cœur ». « Maintenant, il est possible de dire que le cœur de beaucoup est de pierre. Il nous appartient de le rendre de chair », a-t-il ajouté.

 

Parti présidentiel et M5

Si la rencontre entre le parti présidentiel et le M5 le mardi 23 juin n’a abouti à aucun schéma de sortie de crise, elle constitue, selon les observateurs, une lueur d’espoir surtout que le dimanche 21 juin l’imam Dicko avait, lui aussi, fait preuve de bonne volonté en acceptant de rencontrer la majorité présidentielle. En plus de religieux, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait envoyé des émissaires pour aider à rétablir le dialogue entre les deux parties. De même, des chancelleries étrangères représentées à Bamako n’ont eu de cesse de prendre des initiatives pour encourager le dialogue. Selon les observateurs, il n’est pas à exclure que l’offre de gouvernement d’union nationale faite par Ibrahim Boubacar Keita intéresse une partie de l’opposition, divisant ainsi le M5. De même, la satisfaction de certaines revendications des enseignants et du personnel soignant éloigne ces derniers du mouvement de contestation faisant perdre au M5 sa base sociale.

Lucie Sarr (avec Fides)



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