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Economie

CHIAKA MARIKO, ELU COMMUNALE, EN COMMUNE VI Economiquement l’Etat va beaucoup perdre




Le M5-RFP reste très actif dans sa lutte pour un changement. A travers un entretien avec Chiaka Mariko, l’élu communal en commune VI du district de Bamako, il nous fait part de son point de vue.

Les Echos : Que pensez-vous de la reprise de la désobéissance civile après la fête de tabaski ?

Chiaka Mariko : Selon moi quand même, la désobéissance civile est un droit surtout pour tout citoyen. Je pense, bien que je ne suis pas un juriste, qu’il y a certaines situations ou la Constitution autorise les personnes qui souhaitent faire de la désobéissance civile. Cela est fait pour amener le dirigeant dans un esprit d’organisation et, également, le rappeler à l’ordre. Moi, je ne pense pas que les citoyens aient le droit d’aller tout casser. La désobéissance civile, c’est seulement appeler les gens à tout laisser tomber par rapport au travail et par rapport à toutes les activités. Donc, de faire une sorte de ville morte pour que personne ne travaille, dans le but d’amener l’Etat à le ressentir dans son plus profond. Mais casser ne relève pas de la désobéissance civile, justement.

Je pense que la désobéissance civile est un droit démocratique qui doit s’exercer. Mais, en réalité, faire sortir des gens de force de leur lieu de travail, comme l’a dit le procureur général près de la cour d’appel, est condamné d’une peine de prison.

Maintenant, la reprise de la désobéissance civile après la fête de tabaski, c’est une situation qui est là. Mais, en réalité, comme c’est un mouvement de contestation, le mouvement, on lui a donné une connotation religieuse et non politique. C’est ça qui a amené le mouvement à observer une trêve à l’approche de la fête de tabaski.

Donc, après cette fête, le mouvement a décidé de reprendre en changeant de stratégie. Au lieu de bruler des pneus, couper les routes, cette fois-ci, ils ont décidé vraiment d'aller à des lieux stratégiques pour empêcher les gens de travailler. Donc, je pense que, comme ça c’est économiquement l’Etat qui va beaucoup perdre.

Les Echos : quelle analyse faites-vous  entre la nouvelle stratégie de  la désobéissance civile et la précédente ?

Comme je l’ai dit tantôt, c’est une stratégie ayant pour objet de faire perdre à l’Etat ses revenus. Donc, aller dans les lieux de travail de l’Etat, dans les lieux qui génèrent beaucoup plus de revenus, empêcher les gens de travailler, les faire sortir donc, cela peut engendrer une perte énorme et cette stratégie pourrait peut-être amener l’Etat vraiment à fléchir.

C’est la nouvelle stratégie de la désobéissance civile. Moi, je pense que c’est ça et c’est à l’État vraiment de tout mettre en œuvre pour qu’on puisse au moins avoir un terrain d’entente et quitter cette situation.

Les Echos : Cette mesure a-t-elle eu des impacts sur le fonctionnement de la mairie de la commune VI ?

C-M : Bien sûr, surtout chez nous en commune VI. Nous on a un problème, en particulier. La désobéissance civile, depuis le début jusqu’à aujourd’hui, vraiment, a beaucoup joué sur nous, sur la mairie et sur le plan économique. Parce que, du début à aujourd’hui, nous on n’arrive pas à travailler normalement.

Maintenant, avec cette stratégie-là, ils ont fait sortir tous les agents des centres secondaires, la mairie secondaire d’état civil dans les quartiers, sauf le centre principal de sogoniko qui est entrain de fonctionner et aux alentours aussi.

Donc ce qui fait que nous on a beaucoup plus à perdre parce que c’est à nous les centre principaux de faire en sorte que les taxes puissent rentrer normalement, qu’on puisse recouvrer la TDRL, taxe locale et régionale et recouvrer tout ce qu’il y a comme argent au niveau de la commune pour qu’on puisse, au moins, faire face aux dépenses économiques de la commune.

Cependant, si cela n’arrive pas à se faire normalement, ça pose énormément de problème et nous on a beaucoup plus à perdre dans cette histoire, si ça persiste.

Les Echos : La mairie a reçu des pressions ?

 C-M : Nous notre mairie est contiguë au 7ème arrondissement de la police et le 7ème arrondissement a fait l’objet d’un certains nombres d’attaques. Donc, les évènements du 10 au 11 juillet, les manifestants pensent réellement que toutes les interpellations au niveau de la commune ici étaient l’affaire du 7ème arrondissement. Donc, ils ont pris pour cible le 7ème arrondissement et la mairie qui est contigüe au 7ème arrondissement et c’est pourquoi, nous aussi on a été concernés par cette histoire. Et nous sommes restés fermés pendant presque deux semaines. Donc, on a seulement ouvert le mardi 21 juillet.

 Les Echos : Le M5-RFP a annoncé un rassemblement le 11 aout 2020. Selon vous, quelles sont les pistes de solutions ?

C-M : Le mouvement du 11 aout à venir, je pense qu’avant, le Président de République va quand même écouter les uns et les autres et qu’il va peut-être prendre des mesures qui pourront apaiser la situation.

Le mouvement du 11 s’annonce déterminant. Si vraiment on n’arrive pas à trouver une solution avant, ça pourrait dégénérer et le Président n’a pas intérêt. Les manifestants aussi n’ont pas intérêt. On arrive à un point de non-retour.

 Les Echos : Pour y arriver, quel message avez-vous aux Maliens en général et à la jeunesse en particulier pour le développement durable du Mali ?

C-M : Bon, selon moi, pour des pistes de solution, je propose que le Président de la République dissolve l’Assemblée nationale.

Donc, si l’Assemblée est  dissoute, on pourra organiser les élections. S’il y a problèmes, qu’on mette en place une sorte de constituante qui pourra fonctionner  jusqu’à ce qu’on arrive vraiment à avoir les moyens d’organiser les élections législatives crédibles. Ensuite, le gouvernement restreint qu’on a mis en place, qu’on le revoit et qu’on aille vers un gouvernement d’union nationale où les postes régaliens seront partagés entre l’ensemble des couches enfin  qu’il y ait un premier ministre de consensus. Voilà !

La Cour constitutionnelle, elle est déjà dissoute, les magistrats ont déjà proposé leurs trois représentants. Donc le Président de la République nomme ses représentants. Et, selon la position de CEDEAO qui est de lui proposer par la société civile cinq a sept personnes parmi lesquels il va choisir trois personnes, ensuite ces six vont peut-être siéger. Dans le cas contraire, si ces six ne peuvent pas siéger on verra dans quelle mesure on pourra peut-être mettre en place une Cour constitutionnelle qui va réellement trancher les élections législatives à venir et c’est ce que moi j’ai à proposer pour apaiser la tension des uns et des autres.    

Les Echos : Que pensez-vous de l’issu de la désobéissance civile ?

C-M : Je pense qu’en réalité, si on continue dans cette situation, ça pourrait peut-être paralyser le pays. Donc désobéissance, oui ! Mais casser ? Vraiment nous, nous ne sommes pas dans cette logique. Cependant, moi je préfère que les gens puissent s’assoir et parler.

S’ils veulent aller aux désobéissances, qu’on aille, il n’y a pas de problème. Mais vraiment qu’on casse ? Moi, je ne suis pas partisan de cet acte et je pense que ça nous fera retourner peut-être régresser plus de vingt ans en arrière encore. Je pense qu’on aura une issue heureuse si en réalité on reste dans le cadre de la Constitution.

Les Echos : Votre dernier mot ?

C-M : je lance un appel aux manifestants et aux autorités de vraiment privilégier le dialogue. Rien ne vaut le dialogue. Quoi qu’il en soit, ce pays appartient à nous tous. Donc, si on ne privilégie pas le dialogue et qu’on essaie d’aller vers la violence, personne n’aura à gagner dans cette histoire et c’est le Mali qui va perdre. Sur ce, privilégions le dialogue pour qu’on puisse au moins sortir vainqueur de cette histoire et c’est ce que j’ai à lancer.      

Esther Mallé

Stagiaire



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