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Politique

BARKHANE Etre ou ne pas être ?




C’est une présence qui divise l’opinion nationale. C’est une opération qui soulève parfois des interrogations dans l’esprit des populations ? Barkhane, malgré des succès cruciaux contre les mouvances terroristes, peine  à dissiper la défiance de très nombreux Maliens. Au point que ces derniers réclament bruyamment son départ. Mais, les défenseurs du « va-t’en la France » ne sont-ils pas dans le simplisme ?

Complot néo-colonialiste, instrument d’un impérialisme maquillé, tête de pont d’une prédation économique inavouée, clé de voûte d’un agenda caché...Les accusations et récriminations contre la présence militaire française au Mali sont aussi nombreuses que tenaces. Portée par des activistes aux discours nationalistes et alimentée par des politiciens qui se revendiquent d’un socialisme à la sauce Fidel CASTRO, la défiance à l’égard de Barkhane n’a cessé de grandir au sein d’une opinion publique traumatisée par l’interminable spectacle de la barbarie terroriste.

Dans un pays où les escadrons jihadistes de la mort sont omniprésents et insaisissables, où les groupes armés de tous genres pullulent et sèment la désolation, où aucune localité ni aucun hameau n’est à l’abri des assauts et incursions les plus sauvages, où la vaillance de l’armée nationale est mise à rude épreuve face aux armes sophistiquées possédées par l’ennemi, où le pire succède au pire dans le nord comme dans le  centre ; les populations désemparées s’interrogent (de plus en plus à haute voix) sur l’efficacité et sur les intentions de la force Bleu-Blanc-Rouge.

Pour ne rien arranger à ce climat de doute et de méfiance diffus, les bavures supposées de l’aviation française (celle concernant notamment le village de Bounti, le 03 janvier 2021) ont attisé le feu des rumeurs et des soupçons sur les opérations de Barkhane. De quoi galvaniser les partisans d’« un départ complet des troupes françaises » et les champions de la fronde contre la Françafrique. En mobilisant les foules et en battant le pavé pour scander « Dehors Barkhane ! », les organisateurs de la manifestation du 20 janvier cherchent surtout à convaincre et à se convaincre de deux choses. Une : que l’option nationaliste constituerait l’électrochoc salvateur dont le Mali a besoin pour son réarmement moral et son sursaut guerrier. Deux : qu’il est possible pour notre pays de nouer des alliances plus sûres, notamment avec des Etats qui se réclament de la pensée socialiste.

Faisons attention. Quelque méfiance fondée que l’on puisse avoir à l’égard de la Françafrique, et quelque interrogation légitime que l’on puisse nourrir sur certaines missions de Barkhane, rien ne doit nous amener à tomber dans un populisme enveloppé de simplisme. Rien ne doit pousser des responsables de premier plan à prôner un discours qui manque de bon sens. Dans la situation critique généralisée où se trouve notre patrie, l’heure n’est guère à l’amputation des forces engagées sur le terrain. Dans le contexte d’extrême fragilité qui prévaut dans l’ensemble du Sahel, le sens des réalités doit l’emporter sur toute politique-fiction. Car, prétendre avoir la solution pour endiguer le péril jihadiste avec une colossale puissance de feu en moins, c’est être clairement dans la politique-fiction et c’est se mentir à soi-même.

Dans la guerre complexe qu’il livre, le Mali a besoin de tous ses alliés, de tous ses partenaires, de tous les contingents amis qui lui viennent en renforts. Pour venir à bout des hordes terroristes, la coopération multinationale et la conjugaison des atouts constituent la seule réponse appropriée. Faut-il le rappeler ?!!! De l’Afghanistan à la Syrie, du Nigéria à l’Irak, aucune nation n’est parvenue à elle seule à éradiquer le fléau terroriste.

Barkhane peut-elle mieux faire ? Oui, certainement. Barkhane doit-elle être plus connectée aux FAMas ? Oui, impérativement. Barkhane doit-elle réévaluer et élargir ses règles d’engagement aux côtés des soldats maliens ? Oui, en vérité.

Ce nécessaire renforcement de l’osmose entre Barkhane et les FAMas est le plaidoyer le plus utile à soutenir et l’exigence le plus pertinent à porter. Travailler dans ce sens, c’est multiplier les chances de victoire contre les vagues malfaisantes de l’intégrisme. A contrario, vouloir esseuler l’armée malienne au nom d’un nationalisme infécond, c’est anéantir l’effort collectif sans lequel le terrorisme ne peut être terrassé.

Mohamed Meba TEMBELY



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