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Politique

Tribune libre Réussir pleinement la transition politique pour bâtir le MALIKURA Cap sur le MALIKURA – éléments pour le nouveau pacte social (fin).




Cap sur le MALIKURA – éléments pour le nouveau pacte social (suite).

(Troisième partie)

Dr Modibo T. Traoré, ancien Ministre

3. La promotion d’une gouvernance nouvelle pour mieux lutter contre la corruption :

Si tous aujourd’hui ont conscience de la nécessité d’une gouvernance plus vertueuse, les avis divergent profondément sur les raisons qui ont prévalu au disfonctionnement général des Institutions et aux naufrages collectifs successifs de 2012 et de 2020, et sur les moyens de les prévenir. La lancinante question de la Justice au Mali et la problématique de l’impunité aux différents échelons de l’Administration méritent une réflexion approfondie pour changer les paradigmes actuels. A cet effet les textes réglementaires et législatifs devraient être revus pour des sanctions dissuasives contre les pratiques de corruption et de népotisme, notamment au sein de l’Administration centrale et des Collectivités territoriales. Le manque à gagner pour l’Etat et les pertes financières liées à ces deux fléaux, qui sont intimement liés, sont énormes ; à y regarder de près, la corruption généralisée et le népotisme pourraient bien être à l’origine de la déliquescence actuelle de l’Etat. Ils doivent être assimilés à des « crimes » contre la Nation et traités comme tels.

Le niveau d’instruction des élus (pour les fonctions exécutives notamment) est un facteur important de bonne gestion, il ne doit plus être occulté dans les critères d’éligibilité des maires et des présidents des Collectivités Cercle et Régions, ni réduit à la seule langue française ; la crédibilité des Institutions et la promotion des langues nationales en dépendent.

De nouveaux mécanismes d’information et de contrôle citoyen devraient être mis en place pour lutter contre les trafics en tous genres (notamment celui de la drogue dans le Nord du Pays) et la collusion entre représentants de l’État, les Élus et les Opérateurs économiques dans la gestion des marchés publics et du patrimoine national ; il est essentiel d’éviter la banalisation en cours du phénomène de la corruption, qui mine aujourd’hui tous les compartiments de la Société. Un véritable débat national pourrait être organisé à l’effet de la prise de mesures efficaces contre le fléau de la « petite corruption » et de l’impunité. En attendant, il parait important de réfléchir aux modalités d’amélioration du fonctionnement des instruments de lutte existants, notamment les mécanismes de leur contrôle pour éviter qu’ils ne tombent dans les mêmes travers que les structures similaires qui les ont précédés (règlement de comptes politiques).

 Ces questions sont sensibles ; la période de Transition devrait être mise à profit pour clarifier le rôle des juridictions alternatives (cadi et autres Conseils de village) dans le règlement et la prévention des litiges locaux, notamment ceux liés au foncier, la lutte contre le trafic de drogue et l’implication plus accentuée des citoyens dans les cours et tribunaux en qualité d’assesseurs. Des propositions pourraient également être suscitées pour améliorer la collaboration des assujettis et les modalités de fonctionnement de l’OCLEI afin d’en faire un outil efficace et fiable de prévention et de lutte contre les pratiques illicites d’enrichissement, ainsi que la règlementation des conflits d’intérêt et des incompatibilités dans l’exercice des mandats à la tête des Institutions publiques et des Organisations démocratiques.

  1. Garantir à chaque Malien un paquet minimum de prestations sociales

Le concept d’un paquet social minimum de prestations est destiné à ouvrir la voie à la réalisation effective de certains droits essentiels reconnus pour les citoyens ; ils seront opposables à l’Etat (y compris les équipes exécutives communales, locales, et régionales des Collectivités) pour garantir l’accès des plus vulnérables à la solidarité nationale (enseignement fondamental, protection sociale, eau potable, logement décent). Ce paquet social minimum pourrait comprendre la Sécurité alimentaire et nutritionnelle (généraliser la cantine scolaire pour tous les enfants de l’école fondamentale), l’éducation (introduire l’enseignement fondamental universel pour chaque enfant avec possibilité d’apprentissage professionnel dès le second cycle) et la Santé (couverture médicale universelle pour tous les enfants scolarisés jusqu’en Terminale), l’accès à l’Eau potable et à l’assainissement (1 point d’eau potable pour chaque village, 1 latrine améliorée/ bio digesteur ou compostière pour chaque famille), les questions d’habitat et de logements (1 logement décent et durable pour chaque famille) etc.... La réalisation de ces droits est souvent contrariée moins par le manque d’infrastructures adéquates (Hardware) que par l’inorganisation des bénéficiaires et des acteurs, et l’insuffisance de ressources humaines de qualité (software). Les contreperformances observées dans nombre de secteurs (Santé, planning familial, Education) sont en grande partie imputables au modus operandi des acteurs. En voici des exemples :

La Sécurité alimentaire - la priorisation des interventions de soutien aux petits exploitants agricoles, qui sont les plus affectés par l’insécurité alimentaire, (équipement en matériels de culture attelée et en intrants ? promotion du travail salarié d’appoint (CASH FOR WORK) pendant 2 à 3 mois de la période de soudure ? assurance agricole ?) ; généralisation des cantines scolaires notamment dans les zones difficiles et règlementation plus stricte des « distributions gratuites de céréales », sources d’abus et de concurrence déloyale avec les productions locales.

L’Education - les délais et les stratégies d’universalisation de l’enseignement fondamental et de l’alphabétisation en langues nationales, la définition de standards d’encadrement pour les enseignants, le statut des Volontaires devant être mobilisés, la priorisation des profils d’apprentissage au second cycle de l’enseignement fondamental , les modalités de généralisation des cantines scolaires, la valorisation des CED et autres Centres d’alphabétisation pour adultes ; la formalisation de l’enseignement coranique et l’interdiction de déplacer les enfants mineurs hors des villages des Parents.

La Santé – les modalités d’extension de l’AMO à l’ensemble des enfants d’âge scolaire, au monde rural et la révision du modèle de privatisation pour améliorer la couverture en Personnel et encourager la spécialisation ;

L’Habitat – modalités d’amélioration de l’habitat rural et options pour la politique de logements sociaux dans les villes (à travers les Coopératives).

  1. Placer l’emploi des Jeunes au centre de la Croissance économique et du Développement durable

Les secteurs de l’Agriculture, des Mines, des Transports, du Développement industriel, de l’Education, de la Santé et de l’Environnement peuvent être de véritables gisements d’emplois, si les investissements dans les infrastructures s’accompagnaient d’un effort soutenu d’organisation des secteurs et des chaines de valeur concernés, de professionnalisation des Acteurs et de protection des emplois créés.

Les Politiques sectorielles actuelles ne ciblent pas avec la précision voulue ni les groupes de jeunes demandeurs d’emplois, ni les segments susceptibles de les intéresser. Les Programmes de développement devraient s’attacher à corriger cette anomalie pour promouvoir des politiques hardies dans les secteurs émergeants comme l’Économie numérique (NTIC, commerce électronique...) et dans la formation technique et professionnelle.

 Les mesures anti-emplois des Jeunes promues au cours des dernières années (rallongement de l’âge de la retraite dans toutes les catégories de la Fonction Publique, recours abusif au maintien des retraités dans la FP et leur nomination aux postes du cadre organique) sous différents prétextes (faible niveau d’instruction, insuffisance d’expérience des Jeunes) devraient être passées au peigne fin à l’effet de dégager de nouvelles stratégies pro-emplois dans le strict respect des engagements relatifs à la masse salariale négociés avec les Institutions financières internationales.

Les créations d’emploi doivent contribuer à améliorer l’accès des plus démunis à la sécurité alimentaire et aux services sociaux de base: Education, couverture sanitaire, habitat décent, eau potable et assainissement désenclavement... Aussi, est-il important de veiller à la synchronisation des efforts de création d’emplois nouveaux avec l’amélioration des prestations fournies aux populations. A cet égard on peut noter à titre d’exemple, que la seule application des normes et des standards internationaux en matière d’emplois dans l’Education et la Santé (ratios maîtres / élèves ; personnels de santé / population cible) permettent de résorber en grande partie le chômage des jeunes diplômés de l’Enseignement supérieur.

 

  1. Restaurer l’image du Pays sur la scène internationale et promouvoir une diplomatie proactive ciblée sur la relance économique et la protection des droits des Maliens de l’Extérieur.

 

Les circonstances désastreuses qui ont prévalu à la crise socio-politique de 2012 et les tergiversations qui ont émaillé le processus de sa résolution (négociations interminables et voltefaces multiples et incompréhensibles des protagonistes) et qui continuent de plomber la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale ont sérieusement entamé la crédibilité de l’Etat et endommagé durablement l’image de vieille Nation stable, berceau d’un  humanisme Africain authentique et riche de son histoire millénaire..

 

La perte du Capital de sympathie et le sentiment de lassitude, qui en ont résulté chez nombre de Partenaires, ont été profondément ressentis dans la Diaspora malienne. Nombre de compatriotes de l’Extérieur ont perdu toute confiance dans les représentations consulaires et diplomatiques, accusées à tort ou à raison de répliquer les tares de l’Administration et la mal gouvernance tant décriée à l’intérieur du Pays. Il s’agira donc de promouvoir l’image de marque d’un Pays apaisé et en sécurité, activement engagé dans la lutte pour le développement économique et social et totalement dédié à la construction d’une démocratie authentiquement Africaine, respectueuse des droits individuels et des droits des minorités. Il s’agira aussi de lutter contre les pratiques de compromissions et les négligences coupables mises à jour dans le fonctionnement de certaines Représentations. Plusieurs chantiers seront ouverts à cet effet :

 

  1. Revisiter la carte diplomatique du Pays dans la perspective d’un recentrage de l’outil autour des activités de Coopération, tout en veillant à une implication effective des Représentations dans la mobilisation de ressources et de partenariats extérieurs  en faveur des projets et programmes de développement économique et social du Pays ;

 

  1. Promouvoir le recrutement de Cadres Maliens dans les Organisations internationales et accompagner leur accès aux postes de Direction ;

 

  1. Veiller au strict respect des termes des accords politiques et des traités commerciaux par les États partenaires à l’effet du respect des droits des émigrés Maliens et des Opérateurs dans leurs transactions ;

 

  1. Promouvoir les partenariats culturels, notamment la coopération avec les Institutions de recherches scientifiques et Universitaires.

 

 

 

24/12/2020

 



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