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PRESIDENTIELLE EN COTE D'IVOIRE: L’opposition se cherche une stratégie




au-delà de tirer à boulet rouge sur le Conseil constitutionnel, l'opposition veut riposter alors que se profile un duel entre Henri Konan Bédié et alassane ouattara.

Lundi soir, le Conseil constitutionnel ivoirien a rendu publique la liste des prétendants au fauteuil présidentiel retenus pour l'élection du 31 octobre, déclarant éligibles quatre candidats sur 44, dont le président sortant Alassane Ouattara et face à lui trois opposants : Pascal Affi N'Guessan, Kouadio Konan Bertin « KKB » et Henri Konan Bédié. « Rien dans la nouvelle Constitution promulguée le 8 novembre 2016 n'empêche le président Alassane Ouattara d'être candidat à sa propre succession à l'élection présidentielle du 31 octobre 2020 », a tranché Mamadou Koné, le président du Conseil constitutionnel. À en croire le magistrat, la Constitution de novembre 2016 consacre la 3e République, avec l'institution, entre autres, d'un Sénat, d'un poste de vice-président. Il a donc rejeté les requêtes en annulation de la candidature du président Ouattara. Dans le même temps, le Conseil des Sages a jugé non recevables 40 dossiers de candidatures pour non-conformité au Code électoral, dont celles de l'ancien chef d'État Laurent Gbagbo et de l'ex-chef rebelle et ancien Premier ministre Guillaume Soro auparavant radiés par la Commission électorale indépendante. Au lendemain de cette publication, les réactions se sont multipliées, dont celles de l'ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo, Pascal Affi Nguessan, alors même que sa candidature a été validée, il a condamné « la spirale de l'exclusion dans laquelle s'enfonce la Côte d'Ivoire », qu'il a qualifiée de « manifestation la plus aboutie du caractère tyrannique du régime ». « Le Conseil constitutionnel a raté l'occasion historique de marquer son indépendance : en acceptant la candidature du président sortant, manifestement inéligible, en refusant celles du président Laurent Gbagbo et de Guillaume Soro, privés de leurs droits civiques pour de purs motifs d'opportunité politique », a-t-il dénoncé dans un communiqué. « Nous sommes surpris et étonnés des allégations mensongères que le Conseil constitutionnel nous a servies ce lundi 14 septembre 2020. L'UDPCI ne va pas accepter cette forfaiture. Notre parti conclut au faux et au tripatouillage fait par la Commission électorale indépendante et le Conseil constitutionnel », a estimé lors d'une conférence de presse, Jean Blé Guirao Debadea, le secrétaire général de l'Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d'Ivoire, ex-allié du parti au pouvoir. Son candidat, Abdallah Albert Toikeusse Mabri a été recalé par la Cour constitutionnelle. L'UDPCI a ainsi accusé ces deux institutions d'avoir fait « des acrobaties à géométrie variable sur la base du faux pour ne retenir que les candidats qu'ils voulaient ou que leurs maîtres souhaitaient affronter ». Au cœur du bras de fer qui oppose le Conseil constitutionnel et une frange de l'opposition ivoirienne ? La nouvelle candidature du président sortant Alassane Ouattara. Élu en 2010, réélu en 2015, le chef de l'État âgé de 78 ans avait initialement annoncé en mars sa décision de renoncer à briguer un troisième mandat. Avant de changer d'avis en août, après le décès soudain d'un infarctus de son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, qu'il avait désigné comme son dauphin. L'annonce de cette candidature avait provoqué des affrontements qui avaient fait une quinzaine de morts en août. Très attendus sur cette question, les sages du Conseil ont estimé que, avec la nouvelle Constitution de 2016, le pays était entré dans une nouvelle République et donc que le compteur des mandats était remis à zéro, même si le nouveau texte, comme le précédent, limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Pour de nombreux analystes, si cette décision met fin à la controverse d'un point de vue juridique, elle ne vide pas pour autant de leurs contenus, les nombreuses récriminations politiques et contestations sociales qui montent dans le pays. La crainte de violences meurtrières à l'approche du scrutin du 31 octobre est d'autant plus forte, dix ans après la crise née de la présidentielle de 2010, qui avait fait 3 000 morts après le refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara. Si l'ex-dirigeant, toujours en attente d'un éventuel procès en appel en Belgique, ne s'est toujours exprimé sur sa candidature, poussé par ses partisans à se présenter à l'élection, Guillaume Soro – exilé en France depuis plusieurs mois – dont la candidature a été jugée irrecevable en raison d'une condamnation par la justice ivoirienne à 20 ans de prison pour recel de « détournement de deniers publics », a vivement réagi dès lundi soir sur Twitter et Facebook. « Je conteste vigoureusement la décision injuste et infondée prise par le Conseil constitutionnel. Je considère que c'est une décision inique, politiquement motivée, juridiquement boiteuse et qui s'inscrit dans une logique d'anéantissement de la démocratie et l'État de droit », a affirmé l'ancien allié de Ouattara qu'il a aidé à accéder au pouvoir en 2010, avant de se brouiller avec lui en 2018. Dénonçant « le parjure de M. Ouattara », Guillaume Soro, qui vit en exil, a annoncé engager « une étape nouvelle de notre combat pour la démocratie dans notre pays. Elle sera âpre mais nous la gagnerons », a-t-il promis, annonçant qu'il s'exprimerait davantage lors d'une conférence de presse en France jeudi. Hasard du calendrier ? Bien avant cette prise de parole qui se veut plus officielle, la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) est également entrée dans le débat en demandant à la Côte d'Ivoire de permettre à Guillaume Soro de se présenter à la présidentielle. |LE POINT



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