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Politique

Moussa Mara, l’étoile remontante




Il est minoritaire dans l’hémicycle. Pourtant, sa cote grossit considérablement au sein de l’opinion nationale. En choisissant le costume de l’opposant résolu, Moussa Mara s’est intelligemment placé sur la plus prometteuse des trajectoires.

« Fou gôtô ! » C’est l’expression dépréciative consacrée en peul pour qualifier un ensemble de personnes dont les actions sont peu louables. Tournée en français, la formule peut se comprendre par « Tous dignes de défiance », « Du pareil au même » ou encore « Bonnet blanc, blanc bonnet ».

« Fou gôtô ! » C’est indubitablement le jugement défavorable que portent les Maliens sur nos nouveaux députés installés à l’issue d’une rentrée parlementaire pour le moins vaudevillesque.Car, depuis cette date, la quasi-totalité de la population s’est persuadée que nos parlementaires sont plus dans le plaidoyer pro domo que dans la défense des intérêts du peuple.

Dans les conversations passionnées qui animent les abords du RAILDA, au menu des discussions qui résonnent dans les ruelles encombrées du DABANANI, au cœur du bouillant marché à poissons de Mopti, sur les antennes des émissions radio à grandes audiences etc. ; le constat est le même. Les Maliens font part de leur commune indignation. Et ce qu’ils dénoncent en chœur, c’est « l’unanimisme suspicieux », « le suivisme troublant » et  «une espèce de partage du gâteau des privilèges » dont l’esprit semblerait être la seule boussole de la nouvelle Assemblée Nationale.

Les citoyens sont-ils trop dans l’émotionnel ? Leur regard dénonciateur est-il influencé par des a priori ? Reportent-ils machinalement sur nos députés le sentiment de défiance qu’ils ont pris l’habitude de nourrir sur la classe politique en général ?

La vérité est que, de séance en séance, les compromis trouvés entre les partis qui meublent le Parlement (compromis qui ont des allures de compromissions) apportent de l’eau aux moulins de tous les Maliens qui estiment que « Le peuple a été mis aux oubliettes. » Car, entre une opposition soumiseincarnée par l’URD et le consensus sidérant autour d’un nouveau règlement intérieur qui bride « le pouvoir individuel d’interpellation » que la constitution confère pourtant à chaque député ; on peut légitimement se demander si cette Assemblée-là a le même agenda que les Maliens.

L’avenir proche y répondra. Pour l’heure, il est évident que les populations ont majoritairement décidé de « confiner » leur confiance vis-à-vis de nos parlementaires.

Pour autant, dans cette galaxie rejetée par les citoyens, un homme voit de plus en plus son aura s’élargir, sa popularité remonter, et son étoile briller avec un certain panache. Bien sûr, l’astre n’a pas encore atteint la clarté éblouissante de la lune à sa quinzième nuit ; mais, Moussa Mara, qui conduit une constellation de trois députés, est en train d’irradier un faisceau de lumières qui attire progressivement la perception populaire dans l’orbite de YELEMA.

Dans la bouche des Bamakois comme des Sikassois, dans les échanges des Kayesiens autant que dans les opinions des Koulikorois ; le député Mara est perçu, décrit et célébré comme le « seul qui, avec ses deux colistiers, incarne la vraie opposition au sein de l’hémicycle. »

Pour Mara, même s’il convient de se garder de toute prédiction hâtive, tous les voyants politiques sont clairement passés au vert depuis un mois. Cette reviviscence de la flamme de sa popularité lui permet (patiemment mais sûrement) d’envisager l’horizon 2023 avec un certain optimisme. Car, ne nous y trompons guère. En s’installant ostensiblement dans la navette de l’anti-IBKisme, en croisant le glaive avec les cinq groupes de la mouvance majoritaire, et en refusant toute compromission avec « l’opposition couchée » du groupe VRD ; Mara est en train de préparer la fusée de la popularité dans laquelle il compte bien s’envoler pour la planète KOULOUBA.

Faisant désormais partie des briscards de la politique malienne malgré son âge relativement jeune, l’expert- comptable a compris que le cœur des Maliens (et donc le curseur de la victoire pour la prochaine présidentielle) penche sans conteste pour le changement. Dans une telle configuration, avoir le courage de s’opposer ouvertement, comme il le fait de manière si responsable, c’est se placer sous l’étoile qui illumine le chemin vers le succès présidentiel.

M. Mara l’a promis. Le ni-ni, on ne l’y reprendra plus. Il l’a juré. Lui, licorne politique ? Cette option est à exclure. Il l’a confirmé. Il sera, pareil à Spartacus défiant la puissance de Rome, aux avant-postes de la lutte parlementaire contre les errements de la majorité.

Le fait est incontestable. Le leader YELEMAïste est de plus en plus adulé dans l’opinion. A charge pour lui de ne pas réitérer les trois erreurs qui, dans un passé proche, avaient quelque peu asséché la sympathie des citoyens à son endroit. A savoir : l’excès de confiance crânement affichée, le complexe de « Monsieur supériorité », et cette forme de froide suffisance dans le ton.

Le courage politique et l’opposition responsable qu’il incarne désormais ; voilà ses deux atouts maîtres aux yeux des Maliens. Tant qu’il continue d’honorer les termes de ce nouveau contrat moral qu’il a signé avec le peuple, gageons que, sous peu, les scintillements de son étoile seront si vifs qu’il deviendra le politicien le plus lumineux dans le ciel malien.

Mohamed Meba TEMBELY

 



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