news-details
Société

MOHAMED GUEYE, JEUNE ACTIVISTE « L’éducation des filles est le meilleur instrument de lutte contre la pauvreté »




Le mariage précoce est un phénomène récurrent dans notre pays. Le rêve de Mohamed Gueye, c’est un Mali sans mariage d’enfant, toute chose qui permettra de maintenir la jeune fille à l’école jusqu’à l’âge de 18 ans pour lui offrir la chance de suivre un cursus scolaire normal. Il nous retrace, par la même, son parcours.

Les Echos : Comment parvenez-vous à gérer les trois universités en même temps ?

M.G : C’est juste une question d’organisation. Par rapport à cette vie d’université je suis organisé de la manière suivante : au niveau de l’université Hamed Baba, je prends des cours du jour, à technolab ista, des cours du soir et à la FSEG, je suis peu fréquent mais je m’imprègne des documents, je suis les TD et je m’exerce avec mes amis qui y suivent normalement les cours, de 22h à 23h des  fois.

Les Echos : Comment avez-vous fait pour vous intégrer dans la vie associative ?

M.G: Je tiens à préciser que j’ai été initié à la vie associative très jeune, depuis mes 14 ans.

 J’ai connu le parlement des enfants à travers mon ami Hamadoum Bocoum et ensuite, avec l’accord de mon école, j’ai intégré le parlement national  des enfants du Mali, parce que jetais lauréat de mon école.

Dans le parlement des enfants, j’ai évolué dans beaucoup de choses telles que la procédure parlementaire et plein d’autres, pour me préparer a bien mener une vie associative.

Donc vu qu’il y’a une transition entre le parlement des enfants et le conseil consultatif national des enfants et jeunes du Mali, qui est une structure faitière de plusieurs organisations de jeunes au Mali, j’ai directement intégré le CCNJ en tant que membre.

 Au fil du temps j’ai aussi intégré l’APJEC, une organisation qui fait la promotion du droit des enfants, la scolarité des enfants, particulièrement de la jeune fille et lutte contre le mariage d’enfants en Afrique en générale et au Mali en particulier.

Les Echos : Comment vivez-vous cette situation de célébrité parmi les autres jeunes activistes du Mali ?

M.G. : Par le travail et la confiance de certaines personnes qui n’ont donné la chance de faire mes preuves, en étant très jeune, Dieu merci, je vis bien cette situation et je reçois beaucoup d’encouragements.

Les Echos : En tant que défenseur des droits de l’enfant, que pensez-vous de l’excision des jeunes filles qui persiste encore ?

M.G : Je pense qu’il est temps de mettre fin à cette pratique qui fait plus de mal que de bien, pour l’épanouissement des filles, femmes et mères de demain. Les mutilations génitales féminines (MGF), plus communément appelées excisions, désignent l’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins extérieurs et se pratiquent généralement avant les 5 ans. Cette pratique qui touche 200 millions de filles et de femmes dans 30 pays du monde, se déroule principalement en Afrique où l’on estime le nombre de victimes à 91,5 millions de femmes et de filles de plus de 9 ans vivant actuellement avec les conséquences de ces mutilations sexuelles. Toujours en Afrique, on estime que, tous les ans, 3 millions de filles risquent de subir ces pratiques traditionnelles néfastes. Si les tendances actuelles se poursuivent, 86 millions de filles supplémentaire âgées de 15 à 19 ans risquent, elles aussi, de subir des mutilations génitales d'ici à 2030. Les pays où la prévalence des MGF chez les filles et les femmes de 15 à 49 ans est la plus élevée sont la Somalie (98 %), la Guinée (97 %) et Djibouti (93 %). La pratique de l'excision est également présente au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique Latine. Cette forte propension à l’excision dans ces pays s’explique essentiellement par la dimension traditionnelle, culturelle et/ou religieuse de la pratique, en place depuis des siècles. En effet, l’excision fait partie d'un rituel traditionnel de passage à l'âge adulte pour les filles âgées à peine d'une quinzaine d'années, âge auquel elles sont censées se marier. C'est pourquoi l'excision se pratique traditionnellement juste avant le mariage, afin de rendre la future jeune mariée "pure" aux yeux de son futur mari.

Toutefois, le procédé a perdu de son sens culturel et traditionnel : l'opération est aujourd’hui généralement réalisée avant l’âge de 5 ans en milieu rural et dans les 40 jours suivant la naissance en milieu urbain. Les hommes refusent parfois d’épouser une fille non excisée, car l’excision n’est pas seulement une pratique culturelle ou religieuse, c’est aussi un moyen pour les hommes de contrôler la sexualité des femmes. La pression sociale, le tabou autour du sujet, le manque d’information sur ses conséquences néfastes pour la santé, les amalgames avec la religion musulmane, les croyances et les superstitions très ancrées dans les communautés, font de l’excision une des pratiques traditionnelles néfastes les plus difficiles à éradiquer au monde. Cette pratique a des conséquences catastrophiques comme les problèmes vaginaux, les souffrances, les saignements abondants, les infections (tétanos, maladies sexuellement transmissibles…), la déscolarisation dans les cas où l'excision est suivie d'un mariage précoce, les douleurs en urinant, les douleurs pendant les rapports sexuels et les menstruations, les risques d’incontinence, les complications lors des grossesses et des accouchements, l’infertilité, la détresse psychologique,  l’état de choc violent et la mort.

Dans la plupart des cas, les conséquences catastrophiques de cette forme de mutilation génitale féminine sont inconnues des populations la pratiquant. En effet, la majorité des femmes excisées qui rencontrent ces problèmes ne savent pas que ceux-ci sont liés à l’excision dont elles ont été victimes étant enfants, ces problèmes ne survenant, pour la plupart, qu’au moment de la puberté.

Les Echos : Quel regard portez-vous sur le mariage précoce des jeunes filles en tant que défenseur des droits d’enfants ?

M.G: Je pense que nous devrons essayer d’éradiquer ce phénomène de notre société par ce que si une jeune fille est mariée précocement elle n’est pas souvent prête physiquement ni psychologiquement pour créer son propre foyer, ni prête à être mère, chose qui est presque inévitable dans le mariage.

 De ce fait, elle ne pourra plus profiter de sa jeunesse et ne sera pas capable de jouer pleinement sa vie de famille. Dans le monde, 1 fille sur 5 est mariée de force avant ses 18 ans. À travers le monde, 650 millions de femmes vivent aujourd'hui en ayant été mariées pendant leur enfance. Ce phénomène s'explique par :

L’inégalité des sexes : Dans les sociétés pratiquant le mariage précoce et forcé, les filles et les femmes ont un statut inférieur à celui de l’homme. Les filles sont mariées jeunes car elles sont considérées comme un poids pour la famille et leur bien-être n’est pas une priorité.

La pauvreté : Dans les pays en développement, une fille est souvent considérée comme un fardeau. Son mariage permet aux parents d’avoir une bouche de moins à nourrir, de s’enrichir et de créer des alliances stratégiques avec une autre famille.

Certaines pratiques traditionnelles : Dans de nombreux pays, l’honneur d’une famille passe par la virginité féminine. Les parents marient leurs filles bien avant qu’elles ne soient prêtes à avoir des relations sexuelles afin d’éviter qu’elles ne tombent enceinte et ne puissent plus être mariées.

L’absence de certificat de naissance : 230 millions d’enfants n’ont pas été enregistrés à la naissance dans le monde. Les filles ne possédant aucune identité juridique ne peuvent fournir de preuve de leur jeune âge, qui prouverait l’illégalité d’un mariage précoce.

La non application des lois : Même quand le mariage précoce est interdit, beaucoup de familles l’ignorent et/ou enfreignent la loi. Dans certains pays, cette violation est si répandue et normalisée que les sanctions sont rares.

Les situations d’urgence : Les situations précaires (conflits, catastrophes naturelles, crises humanitaires) augmentent la pression économique qui pèse sur les foyers, entraînant des familles qui ne l’auraient jamais envisagé à marier leurs filles trop jeunes.

Les Echos : Selon vous, quelles peuvent en être les conséquences sur la jeune fille ?

M.G : Le mariage précoce ou forcé présente de graves conséquences sur la vie d’une fille, mais aussi sur sa communauté et son pays tout entier :

Violence et abus sexuels : Les mariages précoces entrainent souvent violences et abus sexuels de la part du mari, et les relations sexuelles sont souvent forcées.

Risques pour la santé : Il s’agit notamment des risques liés aux grossesses précoces, première cause de mortalité chez les femmes de 15 à 19 ans, mais aussi au VIH car, même si une fille a eu la chance de recevoir une éducation sexuelle, elle est rarement en capacité de négocier des relations sexuelles protégées.

Les mariages précoces maintiennent les filles dans leur statut inférieur à l'homme et ne leur permettent pas de sortir de la pauvreté.

Déscolarisation : Une fois mariée, une fille est considérée comme adulte et est prise en charge par son mari. Elle n’a donc plus d’intérêt à aller à l’école. Les tâches domestiques et l'éducation des enfants ne leur en laissent, de toute manière, pas le temps. Pourtant, l’éducation des filles est le meilleur instrument de lutte contre la pauvreté. Une fille instruite met au monde moins d’enfants et, sensibilisée à l’importance de l’éducation, elle veille à ce que ses enfants aient une éducation de qualité et lutte ainsi à son tour contre le mariage précoce.

Perpétuation du statut inférieur des femmes et de la pauvreté : Les mariages précoces maintiennent les filles dans leur statut inférieur à l'homme et ne leur permettent pas de sortir de la pauvreté. Il s'agit d'une situation injuste et d'un énorme potentiel perdu pour le développement des communautés et des pays.

Les Echos : Quels sont les projets que votre  association est en train de mettre en place pour pallier ces problèmes précédemment cités ?

M.G: Par rapport au projet de notre association la CCNJ, nous sommes en train de faire en sorte que, dans trois ans au plus tard, chaque fille au Mali ait droit à une éducation de qualité.

 Certes dans la convention relative aux droits de l’enfance, l’enfant a droit à une éducation mais ce n’est pas une réalité au Mali. Par la même occasion, nous voulons aussi faire en sorte que soit éradiqué le mariage d’enfant sur l’étendue du territoire malien, à travers l’harmonisation des textes nationaux et internationaux.

 Dans le code de la famille du Mali, il est précisé que la fille peut se marier à l’âge de 16 ans, avec le consentement des parents. Et, pourtant, dans la convention relative aux droits de l’enfance, un enfant est une personne se trouvant entre l’intervalle de 0 à 18 ans ; ça veut dire que les textes ne sont pas harmonisés.

 

Les Echos : Alors, pour finir, en tant que jeune, quel conseil avez-vous à donner à la jeunesse  malienne ?

M .G: En tant que jeune, ce que je peux donner comme conseil à la  jeunesse malienne, c’est d’accepter de se former et de ne pas tricher. Pourquoi, je dis d’accepter de se former ? Parce que nous voyons les jeunes de la sous-région, le Sénégal, le Burkina Faso, ainsi de suite, qui sont très formés, compétents sur tous les plans pour redresser le pays. 

Propos recueillis par

AïssataTindé

Stagiaire



  • TAGS

You can share this post!