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Politique

MME SY KADIDIATOU SOW Aujourd’hui, il faut refonder l’Etat et la démocratie




Madame Sy Kadiatou Sow, présidente de An Ko Mali Dron’’ et membre du M5-RFP, dans un entretien qu’elle nous a accordé, fait l’état des lieux catastrophiques du pays, mais fait également une proposition de sortie de cris. Interview.

Les Echos : Quelle lecture faites-vous de la situation générale du Mali ?

Madame Sy Kadiatou Sow: La situation générale du Mali est aujourd’hui extrêmement difficile et angoissante pour tous les Maliens, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle. Aujourd’hui, il y a une crise de confiance totale entre les Maliens et leurs dirigeants, entre les Maliens et leurs institutions. La situation s’est progressivement détériorée. Et malheureusement, tous les appels formulés, les conseils donnés pour amener le Président de la République et ses différents gouvernements à être à l’écoute des Maliens, sont restés vains. Conséquence, aujourd’hui, beaucoup de ces Maliens qui avaient placé leur confiance au Président IBK en 2013 et que certains ont renouvelé en 2018 disent être totalement déçus. Parce qu’ils s’attendaient à autre chose que cette gestion chaotique des affaires publiques. Donc, c’est une situation pénible sur tous les plans ; que ce soit sur le plan économique, social, politique ou sécuritaire. Je ne vois aucun secteur dans notre pays aujourd’hui dans lequel ses acteurs peuvent dire « Dieu merci ! ». Donc, c’est une situation qui est en train d’échapper aux tenants du pouvoir et les Maliens se disent qu’il est temps de redresser les choses.

A titre d’exemple, lors de la réunion du G5 Sahel, les gens se sont étonnés d’entendre qu’il y a eu des avancées sécuritaires spectaculaires. Mais quelques jours après, tout le monde a vu ce qui s’est passé dans le centre. Le problème est qu’on a focalisé les opérations des forces étrangères venues appuyer les FAMa dans une seule zone en abandonnant les autres zones, en proie aussi à l’insécurité. On nous dit que tout va bien et après on se retrouve à enterrer les corps de dizaines de personnes. Il y a des questions à se poser par rapport à tout cela. Donc, il n’y a pas de satisfaction des Maliens par rapport à la gestion du pays. C’est un système oligarque qui a pris en otage le Mali. Toutes les affaires du pays sont gérées aujourd’hui par une bande de véritables prédateurs qui ne reculent devant rien. C’est ceux-ci qui décident de tout, que ce soit l’attribution des marchés, les nominations. C’est eux qui décident à la place de ceux qui ont été choisis et qui ont normalement la légitimité pour gérer le pays. Si le Président IBK, qui a été élu, laisse installer des prédateurs autour de lui et qui veulent détruire le pays, il en est le principal responsable. Il ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant de ce qui se passe dans le pays. C’est ça la situation d’ensemble du Mali qui est au bord du chaos.

Les Echos: A votre avis, comment faire pour trouver une solution définitive à tous ces maux qui minent la République ?   

SKS : il faut que les tenants actuels du pouvoir, à commencer par le Président de la République, acceptent et reconnaissent le fait qu’ils ont échoué. Il ne mérite plus la confiance placée en lui par le Peuple malien. Il avait tout le capital de la confiance du peuple malien de 2013 jusqu’en 2018 qu’il a lui-même détruit par ses agissements et ceux de son clan. Aujourd’hui, il n’y a pas d’autre solution. IBK et son régime ne peuvent plus se couvrir du manteau de la légalité pour continuer à détruire le pays. Il n’y a pas mille solutions. Après le constat de la rupture de la confiance entre les Maliens et le Président, entre les Maliens et leurs institutions et au regard de l’échec de son régime, nous pensons qu’il faut passer à autre chose. Certes, le pouvoir a été confié au Président de la République mais il appartient au Mali. Nous pensons qu’il pouvait se couvrir du manteau de la légalité parce qu’il avait une légitimité. Mais, aujourd’hui il a perdu cette légitimité auprès de la très grande majorité des Maliens. Les Maliens ne veulent attendre encore deux ans et demi en continuant à vivre dans ce calvaire.  Les Maliens disent qu’il est temps qu’IBK cède le pouvoir à d’autres Maliens qui sont à mesure de conduire le bateau Mali à bon port. Evidemment, il y a d’autres Maliens qui ne sont pas d’accord avec cette solution. C’est leur droit. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’il faut rebattre les cartes, il faut mettre tout à plat. Je veux parler là des différentes concertations qui ont lieu, à savoir la conférence d’entente nationale, le soit disant dialogue national inclusif qui n’ont pas apporté de solution efficace. Et cela se comprend, parce que nous sommes restés au niveau superficiel. Nous ne sommes pas allés au fond des problèmes.  Aujourd’hui, il faut refonder l’Etat et la démocratie. Notre système électoral doit être revu, le fonctionnement des institutions doit être revu. Nous devons nous assoir pour discuter autour de tout ça en ne faisant pas comme on l’a fait avec le dialogue national inclusif. C’est vrai qu’il n’y avait pas de sujets tabous mais les solutions qui ont été apportées n’étaient pas de vraies solutions. C’était juste pour passer un moment. Le gouvernement avait juste besoin de faire passer un certain nombre de projets qu’il avait en tête et qu’il voulait réaliser telle que la mise en place d’une assemblée nationale. Mais, nous nous savons qu’il allait y avoir une crise. Parce que les conditions n’étaient pas réunies pour aller aux élections. Donc, aujourd’hui au M5-RFP, nous pensons qu’il faut aller à de vraies concertations nationales de toutes les forces vives de la nation pour discuter de comment repartir de bons pieds. Vous avez vu le mémorandum que nous avons signé sur la base d’un accord politique, qui définira la charte de la transition. Celle-ci va déterminer les conditions dans lesquelles cette transition va se dérouler. Il est clair que le régime a échoué et qu’il doit rendre le tablier. Certains diront certainement de quelle légitimité les organes de la transition dispose, mais je demande aussi quelle légitimité ce régime a aussi aujourd’hui. On nous demande de respecter les institutions de la République, mais ce n’est pas les institutions en tant qu’institution que nous remettons en cause aujourd’hui. Mais les gens qui servent dans ces institutions, qui ont eux-mêmes enlevé toute crédibilité et légitimité à nos institutions. C’est là la question. Il faut tout mettre à plat et considérer comme transition les deux ans et demi qui restent du mandat du Président IBK. Les Maliens ne veulent plus rester à ne rien faire pendant que le pays se détruit. C’est ça le sens du combat du M5-RFP. Je pense que le camp d’en face, les tenants du pouvoir, gagneraient à rentrer dans ce schéma là, à le prendre au sérieux, au lieu de faire de faux-fuyants. Trop, c’est trop. Ça suffit ! Il faut qu’on passe à autre chose.

Les Echos : Vous faites partie du M5-RFP. Selon vous, quelle va être l’attitude de ce regroupement politique si jamais ses propositions ne passent pas?

SKS : Au départ, tous ceux qui se sont retrouvés dans ce mouvement avaient un seul l’objectif clair. C’était le départ d’IBK et de son régime. Mais il y a eu après un fléchissement de la position du M5-RFP parce que nous ne sommes pas seuls. Nous sommes membre d’organisation régionale et sous-régionale. Il y a eu beaucoup de sollicitations pour trouver une autre alternative à la démission du Président. Après réflexion, nous sommes finalement parvenus à un mémorandum. Mais, c’est clair que par apport à ce que nous proposons, ni le Président IBK ni son clan n’aura plus la mainmise sur la gestion de certaines affaires. C’est eux qui détiennent tous les pouvoirs. Nous voulons seulement que les affaires du pays soient mieux gérées. S’il ne veut pas de cela, on doit se demander s’il aime réellement le Mali, s’il n’est pas en train de trahir la confiance que les Maliens ont placée en lui en pensant qu’il allait sortir le Mali de la situation difficile dans laquelle il se trouve. Non seulement il n’a pas apporté de solution aux problèmes avec lesquels les Maliens vivaient mais il en a rajoutés. Pour le moment, nous nous restons sur le schéma de la transition où la gestion du pouvoir reviendra au peuple malien. Si avec les autres on arrive à s’entendre sur cette proposition tant mieux, sinon nous n’aurons que le choix de la désobéissance civile qui est prévue dans la constitution malienne. En cas d’échec, les actions du M5-RFP vont aller dans le sens de la désobéissance civile.

Les Echos : quel est votre souhait pour le Mali et pour les Maliens dans cette lutte politique ?

SKS : Je veux que les Maliens comprennent d’abord que nous sommes à la croisée de chemins. Qu’ils comprennent qu’il est urgent de mettre un terme à un régime qui est en train de détruire le pays. Qu’il urge de mettre fin à cette gestion oligarchique des affaires publiques. Qu’ils se mobilisent tous, qu’ils ne pensent pas qu’il y a certains qui veulent seulement chasser IBK pour prendre sa place. Ce n’est pas du tout cela. Cela n’est pas notre objectif. Ce que je souhaite est que les Maliens, particulièrement, se lèvent pour dire plus jamais cette façon chaotique de gérer le Mali. Qu’ils arrivent à tourner cette page sombre de notre histoire en ouvrant une autre avec la mise en place d’un système capable de satisfaire tous les Maliens. Je souhaite que les Maliens aillent vers une véritable refondation de la démocratie malienne et de notre système de gouvernance. Je souhaite que les Maliens se tournent vers cela. Organiser des contremarches n’est pas la solution. La solution est que nous soyons tous lucides et qu’on ait tous un minimum de réalisme et de patriotisme en acceptant de tourner cette page triste de notre histoire. Ce ne sera pas facile, c’est sûr. Mais il faut y aller quand même. Si on ne tourne pas cette page en voulant faire du replâtrage en prenant les mêmes et en continuant avec, on ne s’en sortira pas. Donc courageusement, il faut que les Maliens acceptent de tourner la page en mettant, à la place de ce régime, des hommes et des femmes capables de mieux gérer le pays. Ce n’est pas les compétences qui manquent. 

 

Interview réalisée par

Levy Dougnon

 

 



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