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METEO « Le changement climatique provoque des inondations »




En cette année d’hivernage, les inondations s’abattent sur les pays voisins de la sous-région, sur la bande sahélo-saharienne. Face à cette situation de déluge, la cheffe du service de Prévision météorologique, chargée de communication et de marketing à Mali-Météo, Mme Diabaté Fatoumata Sangho, nous fait part de son impression sur l’évolution de notre système météorologique afin de lutter contre les effets néfastes du changement climatique.

 

Les Echos : Es-ce que notre pays est épargné des inondations qui s’abattent sur les pays voisins de la sous-région ?

Diabaté Fatoumata Sangho : Bien sûr, nous subissons ce phénomène depuis un certain temps et c’est ce qu’on appelle les effets néfastes du changement climatique. Vous savez, tous les pays de la bande sahélo-saharienne ont enregistré des cas d’inondations, en particulier le nôtre. Chez nous, les inondations sont dues aux pluies diluviennes qui ont été enregistrées dans toutes les régions, sans exception, y compris le District de Bamako. Du début de l’hivernage jusqu’à aujourd’hui, Mali-Météo a enregistré différents cas d’inondation sur l’ensemble du territoire national. Ce qu’il faut retenir, c’est que toute la bande sahélo-saharienne possède le même régime pluviométrique, autrement dit, le même processus de rentrée et sortie de mousson. Nous savons ce qui se passe avec le cycle de l’eau : cette dernière, qui s’est écoulée dans l’océan, va se retrouver dans l’atmosphère pour former des nuages, en se mettant à l’état gazeux. Ces gouttelettes d’eau qui sont à l’état gazeux donnent des précipitations. Par la suite, les eaux qui vont s’écouler rejoignent les rivières, fleuves et océans. Il faut éventuellement retenir que le cycle naturel a été perturbé par les effets néfastes des changements climatiques. Donc, ces effets, à un certain niveau, détruisent les couches cosmiques qui permettent au soleil de taper les différents océans au niveau du pôle nord. Avec le réchauffement climatique, les différents bassins océaniques s’évaporent, d’année en année. Ce qui augmenterait le flux importants des inondations dans toute la bande sahélo-saharienne.

 

Les Echos : Quels sont les aspects que touchent concrètement les changements climatiques ?

  1. : Les changements climatiques touchent pratiquement tous les aspects, y compris les inondations. La fréquence de ces inondations pourrait augmenter dans les jours à venir. Ce qui est important, c’est qu’aucune année ne va ressembler à l’autre ; notamment la saison de 2020 n’est pas semblable à l’année 2019. Donc, en termes de répartition, les phénomènes extrêmes s’intensifient. En plus, nous allons enregistrer des cas de canicule dans le Sahel, particulièrement au nord du Mali. Le changement climatique fait de sorte que les phénomènes extrêmes s’accentuent, à savoir les vents violents, la sècheresse, la tempête de sable, entre autres.

 

Les Echos : Pouvez-vous nous dire quand la saison des pluies va prendre fin ?

DFS : En ce qui concerne la saison des pluies, depuis le mois d’avril, Mali-Météo a fait ses analyses et les résultats sont sortis. Nous avons fait beaucoup de communication. Ce qui a été retenu pour cette année, nous l’avons déjà annoncé : la saison des pluies va être précoce et assez longue. Egalement, nous avons vu que le début de cette année hivernale est allé plus que la normale et la fin aussi va être encore plus tardive sur l’ensemble des régions et le District de Bamako. Nous avons dit que des cas d’inondations pourraient être enregistrés et dus aux pluies diluviennes et aux crus. Les cours d’eaux vont envahir les marigots et il y aura beaucoup de débordement. Pour l’instant, aucun cas ne nous a été signalé par la protection civile. Ce qui est retenu pour le moment, c’est que le caractère général du temps nous donne une tendance à une saison assez longue.

 

Les Echos : Est-ce que les pluies diluviennes seules peuvent causer les inondations auxquelles les populations sont confrontées ?

DFS : Pas du tout ! Du début de la saison jusqu’à maintenant, toutes les inondations qui ont été enregistrées sur le territoire national sont des inondations dues aux pluies diluviennes. Selon nous, aucun cas dû aux crus n’a été encore signalé par la Direction générale de la Protection civile. On constate que le bassin du Niger commence à se dilater, à l’instar des pays de la sous-région.

 

Les Echos : Est-ce que le Mali pourrait s’attendre à des cas d’inondations, dans les jours à venir, dus aux crus, selon vous ?

DFS : Je souligne qu’il existe des inondations dues aux crus. Toutefois, toutes les inondations que nous subissons sont généralement causées par les pluies diluviennes qui durent d’un à deux jours. Nous travaillons avec la Direction de l’Hydraulique et, d’après elle, il y aura plus d’écoulement d’eau qui pourrait d’ailleurs provoquer des inondations dues aux crus.

 

Les Echos : Malgré cette tendance, est-ce que vous continuez à effectuer des opérations de pluie provoquée par endroit ? Si oui, dites pourquoi.

  1. : Affirmatif, je rappelle que les opérations de pluie provoquée ont commencé depuis 2006. Depuis le début de ce programme jusqu’à ce jour, les déficits pluviométriques ne se font plus sentir dans certaines localités, à cause de ce programme de pluie provoquée ; et ça continue. Il faut noter que les opérations ont démarré du 1er juin au 9 septembre. Nous avons fait 120 opérations. Les régions de Kayes, Sikasso en passant par Koulikoro, Ségou, celle de Mopti ainsi que dans le District de Bamako ont été les zones les plus concernées. Il faut retenir que ce programme de pluie provoquée se fait sur des bases scientifiques. Avant d’ensemencer un nuage, on se retrouve dans un groupe pluridisciplinaire au monde rural qui existe à Mali-Météo depuis plus de 20 ans. Ce groupe regroupe en son sein tous les services techniques, notamment l’agriculture, l’élevage et la pêche, y compris la protection civile et l’hydraulique, entre autres. Il se réunit tous les 10 jours pour montrer la situation hydraulique de notre pays. Quant à Mali-Météo, lui est chargé de communiquer à ce groupe ainsi qu’à l’ensemble de la population afin d’annoncer l’évolution de la situation pluviométrique de notre pays. Au-delà de ce qui précède, le programme pluie provoquée permet de balayer les déficits pluviométriques dans une zone. Il agit en fonction de la réalité pluviométrique d’un endroit. Quand nous voyons sur la carte des situations excédentaires, le programme pluie provoquée ne va pas intervenir dans ce secteur. L’inondation n’est pas seulement causée par la pluie diluvienne mais aussi par l’urbanisation et l’étroitesse des caniveaux.

 

Les Echos : Présentement, quels sont vos missions pour faire face à cette situation afin d’appuyer le secteur agro-alimentaire ?

DFS : Notre objectif est d’appuyer le programme agro-alimentaire de ce pays. A cet égard, l’agriculture est basée carrément sur l’eau pluviale. Car le programme pluie provoquée essaye de contribuer à la bonne répartition des pluies dans le temps et dans l’espace. Sans ce programme, nous allons assister non seulement à des cas d’inondations très sévères mais, parallèlement, à des poches de sècheresse rude. Nous attendons un cumul important cette année par rapport aux années précédentes. Cela veut dire qu’il y aura des pluies importantes pour le reste de la saison. Donc le risque d’inondations par endroit est là : il pourrait y avoir des inondations dues aux crus.

 

Les Echos : les mots de la fin ?

DFS : Pour terminer, je demande à l’ensemble de la population d’être vigilent et de croire à la Météo car elle est indispensable dans tous les secteurs socio-économiques du pays.

Mamadou Sangaré

 



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