news-details
Politique

ILLEGITIMITE DES INSTITUTIONS Une anomie pour la démocratie ?




Face à l’avalanche contre le régime en place, la chaîne Africable télévision a organisé un débat sur la thématique problématique de la légitimité des pouvoirs issus de l’Etat moderne au Mali. Les invités ne se sont pas fait prier pour mettre à nu notre mode de gouvernance.

  Pendant une heure et demi, Dr Aly Tounkara, Le directeur du centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel, Dr Fodié Tandjigora, chef de département sociologie-Anthropologie à la Faculté des sciences humaines, sciences de l’éducation et Daouda Tékété, journaliste-écrivain, ont fait un diagnostic sans complaisance des maux qui minent notre démocratie. Les institutions de notre pays ont encaissé beaucoup de coups voire été remis en cause pour faute de légitimité par une frange importante de la population.  Les conséquences sont connues de tous : des élites contestées, la corruption clamée par tous, la démocratie en panne, des manifestations pour demander la démission du Président de la République et de son régime. Il urge de soigner la plaie avant qu’elle ne sente mauvaise.  

 

Un choix approprié des hommes pour gouverner

Dr Fodié Tandjigora a mis son pied dans le plat pour incriminer le mode de désignation des gouvernants. Selon lui, toutes les protestations en cours tirent leur essence dans les choix des hommes.  Il a affirmé que c’est très triste. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes allés sur des bases qui n’étaient pas réelles.  On le sait et on ferme les yeux là-dessus. On pense qu‘on a une démocratie, démocratie que les gens se gardent de critiquer. Il faut également accepter de se questionner, revenir sur beaucoup de choses. On parle très souvent de contrat social. Il y a beaucoup de débats autour de la légitimité des institutions. En fin de compte, le postulat de base est faussé. « Nous avons des institutions qui sont mal comprises. Nous avons un système de gouvernance qui n’a pas de prise réelle sur les populations. Donc, ce qui fait qu’on navigue dans le vide pendant longtemps. Il va arriver un moment ou ça va s’arrêter. Aujourd’hui, il faut remettre à plat les questions les plus sérieuses telles que les modes de désignation des gouvernants », a-t-il clamé.

Ce qu’il faut proposer, c’est revenir poser de meilleures garanties, non seulement pour les élections mais aussi le mode de désignation des gouvernants. Que n’importe qui ne se présente pas pour gouverner, pour arriver aux affaires. « Parce qu’il me semble que les partis politiques constituent tout seulement le tremplin pour arriver à se faire élire et occuper une institution. Cela risque de prendre du temps. Je ne suis sûr que nos acteurs politiques puissent attendre tout cela parce qu’il y a d’autres dimensions qui sont inavouées dans cette lutte », a laissé entendre Dr Fodié Tounkara.

L’exemplarité comme valeur à incarner

Le directeur du centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel, Dr Aly Tounkara, a invité à plus de réflexions sur les questions d’exemplarité et de redevabilité. Il a fait un retour rétrospectif sur la vision du Président Modibo Keita qui était basée sur l’exemplarité et sur la probité. Selon lui, au début, le père fondateur de la République du Mali n’avait pas suffisamment tenu compte  du terroir mais il a fini quand même par l’intégrer. Le système de son fonctionnement était compris par les communautés. Quand on s’en tient à la rhétorique qui a suivi le coup d’Etat de 1968, naturellement on s’est rendu compte que c’est avec le Président Moussa Traoré que toutes ces questions liées à l’éthique et à la morale ont été bafouées dans le contexte malien. Même si cela a été le fait d’une ultra minorité élitiste. En même temps, le vrai problème du Mali a commencé, en toute objectivité, avec la démocratisation  de nos institutions. Ce n’est pas la démocratie en elle-même qui est à l’origine mais l’usage qu’on fait de la démocratie. Voilà un système importé mais vidé de son contenu. Vous conviendrez avec moi, combien nos politiques Maliens sont tout sauf ce que les fondamentaux de la démocratie demanderaient. Une des exigences de la démocratie, c’est la pluralité de la pensée, c’est la redevabilité. Rare sont nos politiques qui s’apprêteraient à un tel exercice. Du Président Alpha Oumar Konaré à aujourd’hui, malheureusement, l’élite politique malienne a tellement de difficultés avec le référentiel. Aucun acteur politique n’agirait au nom d’un référentiel ; ni le référentiel culturel, ni le référentiel religieux. Et pour preuve d’ailleurs, ceux qui sont les plus censés à être le garant même de nos institutions, sont les premiers à les violer. « Vous allez à un feu de signalisation, ce sont plutôt des officiers, qu’ils soient de la police ou de la gendarmerie ou même de l’armée et même des magistrats, qui ne vont pas s’arrêter au feu. Voilà un pays ou par son statut, par son poste on fait entorse aux fondamentaux de la démocratie. A tel enseigne que la normalité devient source de pathologie. Quand vous dites à un Malien que vous n’êtes pas corruptible, vous devenez une gêne pour le système dans son fonctionnement. C’est pour vous dire que cette question de probité est quasi absente en termes de délivrance de tous les services sociaux pour laquelle nos communautés nous attendent, avec une  attention particulière », a dit Dr Aly Tounkara.

 Mieux, il dira que de la même manière, à son avis, cet éloignement entre l’élite et les populations résideraient plus dans la non redevabilité qui est une exigence de la démocratie. On s’est rendu compte que les premiers milliardaires de notre pays ont émergé avec l’avènement de la démocratie. Comment allez-vous demander à ces mêmes populations qui ne cherchent qu’à manger, ne cherchent qu’à boire, d’être attentives aux injonctions du pouvoir. En même temps, ceux qui sont en charge d’animer ce pouvoir, ce sont ces acteurs qui sont les plus corrompus de la planète. Donc vous comprendrez aisément que ce décalage entre la rhétorique et l’agir de l’homme politique Malien a fait que, malheureusement, le citoyen, qu’il soit du monde rural ou urbain, peine à croire en cet homme politique. La question qu’il se pose est de savoir comment, concrètement, combler ce fossé.

Les piques de Dr Tounkara

Une des exigences de la démocratie, c’est cette exemplarité de l’élite politique. « Vous ne pouvez pas demander aux gens d’être conformes aux institutions alors que vous êtes les premiers à ne pas les respecter. Vous ne pouvez pas demander aux populations de faire des sacrifices et des privations mais au même moment vous vivez dans des conditions tout à fait descentes. Ce sont ces agissements peu orthodoxes, des agissements tout à fait éloignés des communautés qui expliqueraient  le pourquoi l’homme malien ne croit plus à son système de fonctionnement. Tant qu’on ne règlerait pas cette question de redevabilité de l’élite, nous allons continuer à parler de réformes institutionnelles, à même demander le départ du Président de la République par le simple fait que ce système qu’il incarne est tout à fait distant des populations », a-t-il conclu.      

 

Le recul, une nécessité absolue!

Sur la question de gouvernance, Daouda Tékété est catégorique. Selon lui, ils ont établi des mécanismes de gouvernance qui ont permis de créer l’ordre et l’harmonie indispensable à l’épanouissement de chaque citoyen et de toute la communauté. Quand il n’y a pas d’ordre et d’harmonie, rien de ne peut marcher. « Voilà pourquoi, je dis qu’aussi longtemps que nous allons pouvoir cheminer avec ces Etats qui n’ont rien à voir avec ce que nous sommes et ce que nous voulons, nous allons toujours partir d’illégitimité en illégitimité », a-t-il pointé du doigt.

Aussi, il a indiqué qu’il faut travailler sur les causes de tous les dérapages institutionnels auxquels le Mali est confronté.  A l’en croire, les Maliens se sont fourvoyés en empruntant une voie qui n’est pas la nôtre, qui ne pouvait que nous créer les problèmes que nous connaissons aujourd’hui. Il faut qu’on change et qu’on revienne à nous-mêmes. « Aussi longtemps que nous n’allons pas intégrer cette réalité, cette vérité historique et que nous continuerons à croire que c’est l’apport des autres qui va nous permettre de résoudre nos problèmes, nous aurons toujours chaud », a-t-il martelé.

Ibrahim Sanogo dit Oliver

 



  • TAGS

You can share this post!