news-details
Politique

IBRAHIMA HAIDARA PDG DE LA POSTE ‘’Le départ des forces étrangères n’est pas forcement la solution ‘’




Mr Ibrahima Haidara, Président-Directeur Général de la Poste du Mali  et homme politique très avisé mais aussi engagé, nous livre à cœur ouvert sa lecture sur l’état de la nation et sa proposition pour une meilleure conduite de la transition. Interview.

Les échos : pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Ibrahima Haidara : je suis Ibrahima Haidara, diplômé de l’Ecole Supérieure de Génie Informatique de Paris (ESGI), j’assure actuellement les fonctions de Président-Directeur Général de la Poste du Mali. De ma nomination à ce jour, j’ai pu imprimer à l’institution postale une vision partagée, à l’horizon 2021, qui fait du numérique un outil majeur de son développement.

Avant d’occuper ce poste, j’ai été successivement : Directeur associé General Computech (société privée, spécialisée dans les services numériques), Directeur IT pour le compte de USAID (AECOM) auprès du Ministère de la Réconciliation Nationale, Conseiller du Ministre de la Réconciliation Nationale, Chef du département Infrastructure et Sécurité de la CAISFF / MEF (Ministère de l’Economie et des Finances), Point focal de la CAISFF (Cellule d’Appui à l’Informatisation des Services Fiscaux et Financiers) au sein de la commission d’évaluation de la mise en œuvre du Budget/Programme, Chef de section système (CAISFF/MEF).

Avec dix-sept (17) années d’expérience, à la fois dans l’Administration malienne, y compris le cabinet ministériel, mais également dans le privé, j’essaie de mettre en œuvre une politique dynamique qui met l’accent sur le rapprochement des services publics de la population.

 

Les échos : quelle lecture faites-vous de l’état de la nation ?

 Ibrahima Haidara : Notre pays, est une terre de traditions et très riches de civilisations bâties au cours des siècles. La nation malienne est héritière des 3 grands empires (Ghana, le Mandé et le Songhay) qui ont marqué les temps forts du soudan occidental médiéval. C’est dire que le Mali indépendant qui a fait la gloire du continent africain est aujourd’hui à la croisée des chemins. Pendant nos  6 décennies d’indépendance, les maliens ont réussi bien de moments glorieux  ensemble comme en témoigne l’indépendance, la marche du processus de démocratisation, la CAN 2002, le cinquantenaire j’en passe.

Depuis 8 juin 1992 au 23 mars 2012, le Mali inaugure l’ère démocratique avec Alpha Oumar Konaré. Cette période a connu des hauts et des bas, pour preuve qu’en dépit  de moult  réalisations  effectuées certains points d’ombre demeurent sur le tableau. Aux dires de certains, la démocratie a été un fiasco mais ce qu’il ne faut pas perdre de vue c’est que la démocratie a fait bien de legs dont l’Etat de droit, la liberté d’opinion, le multipartisme à grande échelle, la régularité des salaires, la réalisation des infrastructures.

L’année 2012, le Mali entre dans une zone de turbulence avec un cortège de crise sécuritaire, institutionnelle, socioéconomique, politique. L’avènement d’IBK au pouvoir en 2013 a été accueilli avec enthousiasme mais quelques temps après les ferveurs ont été plombés d’incertitudes. Et 7 ans après l’insécurité gagne le centre voire une partie du sud pays et de sécuritaire, la crise prit une tournure politique qui eut finalement raison du régime IBK le 18 août 2020.

De cette date à nos jours le pays entre dans la transition. Après de laborieuses discussions les organes ont été mis en place mais les difficultés demeurent. J’avoue honnêtement que ces difficultés ne sont pas au-dessus de la capacité des maliens car l’histoire nous a toujours enseigné que chaque fois que les maliens s’unissent cette union est couronnée de succès.

 

Les échos : notre pays est plongé dans une crise profonde, surtout au Centre et dans sa partie septentrionale, comment sortir de cette crise ?

Ibrahima Haidara : Aux primes à bord, je suis très allergique à la segmentation du Mali par l’emploie des terminologies telle le nord du Mali, centre du Mali. Pour moi, il n’y a que le Mali. Cette crise qui lamine la société, décime les activités commerciales et agricoles a fait une somme de malheurs de chagrins et d’angoisses dépassant l’imagination. Dans le concert des nations, tous les pays du monde ont connu des difficultés mais c’est celui qui passe tous son temps à faire l’inventaire de ses malheurs qui en pâtira toujours. La guerre n’a jamais construit un pays et dans l’histoire de l’humanité toutes les guerres ont été sanctionnées par des pourparlers, les guerres mondiales en sont des illustrations frappantes.

La solution à cette crise n’est pas ailleurs c’est au Mali. Il faut que les maliens amorcent le dialogue sous les ‘’toguna’’, sous l’arbre à palabre, dans les vestibules pour se dire franchement la vérité. La vérité est amère et virulente dit-on souvent mais une fois qu’elle ait guéri la plaie se cicatrise pour de bon.

Outre le dialogue la volonté politique doit s’afficher au plus haut niveau du tableau pour sortir de cette crise. Il est important que nos compatriotes se sentent dans la République partout où ils se trouvent sur le territoire et cela ne peut être une réalité qu’avec une accessibilité avérée des services publics aux citoyens (présence de l’Etat).

 

Les échos : pourquoi le Mali veut coûte que coûte négocier avec les terroristes et djihadistes qui veulent imposer la « Charia », un état islamique mais aussi le départ des troupes étrangères, alors que nous sommes dans une république, quel est votre avis ?

Ibrahima Haidara : Négocier avec les djihadistes est une option adoptée par les maliens. Si l’option d’entamer cette négociation peut résoudre le problème, les maliens apprécieront. Mais la réalité c’est que ce sont certains fils du Mali qui ont pris les armes contre leurs pays. Ils sont des fils de la république, les écouter pour prendre en compte leurs préoccupations ne doit pas être un tabou mais la démarche ne doit sous aucun prétexte perturber l’égalité des chances et la laïcité de la république. Appliquer la charia dans une république laïque comme la nôtre me paraît une aberration. 

S’agissant du départ des forces étrangères, je dirai aux maliens de calmer le jeu. Je dirai que nous devons nous souvenir de l’escarmouche de Kona qui a suscité l’arrivée des forces étrangères. Ces forces étrangères, ont joué un rôle important dans la lutte contre le terrorisme. Les succès foudroyants engrangés par les tchadiens sont d’un haut intérêt à ce sujet. Aujourd’hui, je suis navré de voir les maliens s’inscrire dans une dynamique de boycott de  la France mais nous devons avoir à l’esprit que nous partageons beaucoup avec la France dans le cadre de la coopération bilatérale et multilatérale depuis plus de cent ans. Le 20 janvier 1961, le président Modibo Keita, dans le cadre du nationalisme a créé l’armée malienne qui fit ses beaux jours en Afrique. Cette armée est aujourd’hui en difficulté au point qu’elle est appuyée par d’autres forces étrangères dans l’exécution de ses missions régaliennes. Je pense sincèrement que le départ des forces étrangères n’est pas forcement la solution au problème sécuritaire du Mali d’autant plus que ce sont ces forces qui assurent certains pans de la formation des famas et mieux ce sont elles qui disposent des moyens aériens adéquats.

Il me parait aussi important que notre pays le Mali redéfinisse ses relations avec ces forces étrangères en tenant compte de ses besoins réels en terme d’appui tout en ayant à l’esprit qu’elle doit petit à petit retrouver toute sa capacité d’action afin d’assurer aux maliens une quiétude sur de long terme.

 

 Les échos : de façon générale, quel est votre schéma pour une meilleure conduite de la transition ?

Ibrahima Haidara : La transition qui a débuté au Mali le 25 septembre 2020 concerne tous les maliens car il s’agit du pays. Sa réussite ne doit en aucun cas être l’apanage des seuls militaires qui d’ailleurs sont une partie du peuple. Je veux dire que l’armée n’est un groupe imposé du dehors de la société. Le militaire vient de la population et il retourne à la population. Aujourd’hui, il appartient à tous les maliens de s’investir pour une réussite totale de cette transition. Le dialogue est un passage obligé pour les autorités de la transition pour l’édification d’un Mali meilleur après ces épreuves.

A mon sens, au-delà des fonctions régaliennes qui doivent être assumée par l’Etat, il est important que les autorités de transitions aient une priorité sur la réinvention de la relation de l’Etat avec les citoyens mais aussi sur l’organisation des élections générales, libres, crédibles et transparentes gage d’un retour du Mali dans le concert des nations.

 

Les échos : êtes-vous optimiste pour le Mali dans un avenir proche ?

Ibrahima Haidara : Je suis vraiment optimiste pour mon pays. Aux maliens de comprendre que personne ne viendra faire le Mali à la place des maliens surtout en cette phase de globalisation et de mondialisation qui bouleverse le monde. Le Mali, j’en suis sûr, relèvera les défis de la sécurité, de l’éducation et de la santé. La tâche n’est pas facile mais avec l’engagement, l’abnégation et la persévérance de tous les fils du pays nous sortirons grands de cette rude épreuve. A chacun de jouer pleinement sa partition.

 

Les échos : quelle est la position votre parti Adema dans la situation actuelle du pays ?

Ibrahima Haidara : La position de notre parti est claire, c’est de tout mettre en œuvre pour la réussite de la transition, ça y va de la survie du Pays. Aujourd’hui, un examen de conscience doit permettre à chacun de nous, au-delà de nos formations politiques, de faire preuve de responsabilité, de maturité, d’engagement et d’honnêteté dans la recherche de l’intérêt collectif pour le bien être du pays.

L’Adema qui a inauguré l’ère démocratique au Mali est un parti qui vient de loin. Il a vécu les moments difficiles, mais il est resté intact. Les fameuses crises de 1994, de 1999, de 2003 et de 2013 l’ont secoué mais aujourd’hui renaît petit à petit. Je dirai que c’est le seul parti où la démocratie continue son bonhomme de chemin sans coup férir.

A l’Adema, nous sommes conscients de la gravité de la situation actuelle du pays. Pour sortir le pays de cette ornière, l’Adema regorge des cadres ( hommes et des femmes) capables de réussir le pari au seul bonheur des maliens. Des efforts inlassables sont en train d’être consentis pour requinquer le morale des militants pour affronter les joutes électorales de 2022 car la vocation de tout parti politique est la conquête et l’exercice du pouvoir. L’Adema appelle ses militants à la sérénité et à la cohésion et à se tenir prêts pour la conquête du pouvoir dans les urnes.

 

 Les échos : votre mot de la fin ?

Ibrahima Haidara : Je ne saurai terminer cette interview sans adresser mes condoléances les plus attristées au peuple  malien en général et aux familles de nos illustres disparus.

Je profite de vos colonnes, pour souhaiter aux maliennes et aux maliens une bonne et heureuse année 2021. Je souhaite que l’année 2020 qui a été marquée par la pandémie de COVID19 avec son lot de victimes soit un triste souvenir pour le monde.

J’invite l’ensemble de nos compatriotes au respect strict des mesures barrières.

Interview réalisée par

Levy Dougnon

 

 



  • TAGS

You can share this post!