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Politique

DENNIS B. HANKINS AMBASSADEUR DES ETATS UNIS ‘’Nous restons le plus grand partenaire pour le Mali’’




Le Mali peut compter sur le soutien constant et multiforme des USA. L’ambassadeur américain accrédité auprès de notre pays, son Excellence Dennis B. Hankins, l’a réaffirmé, dans une interview exclusive, lors de l’entretien qu’il nous a accordé, le lundi 25 janvier, dans son bureau. L’occasion aussi pour le diplomate de faire une analyse du défi sécuritaire qui persiste sur le territoire malien et dans le Sahel.

 

Les Echos : Excellence Monsieur l’ambassadeur, pouvez-vous nous dire l’état de la coopération entre le Mali et les USA aujourd’hui ?

Dennis B. Hankins : On peut dire que nous, les USA, nous restons le plus grand partenaire en termes d’assistance de développement et d’assistance humanitaire pour le Mali. Cela dit, après les événements du 18 août 2020, le changement de régime, il y a eu certaines limitations de notre part, particulièrement dans le secteur de la sécurité. Nous sommes toujours engagés dans le secteur de la sécurité. Mails il y a certains de nos programmes, notamment notre assistance aux forces aériennes que nous avons en partie bloquée. Il y a aussi certaines questions liées à la présence des enfants dans les zones de combat, et ce, avant même le changement de régime. En général, l’état de la coopération est très positif. Je dirais que, avant comme maintenant, la majorité de notre assistance cible le secteur du développement. Et là, avec l’USAID, c’est concentré sur le secteur de l’éducation, de la santé, de l’agriculture et de la bonne gouvernance. Grace a notre soutien, la capacité du Mali est plus forte dans la riposte contre la covid-19. En l’occurrence, l’Institut national de santé américain collabore avec vos médecins. Vous avez l’un des meilleurs laboratoires d’Afrique grâce à une coopération de plus de trente ans avec les USA. Vos épidémiologistes ont été formés par nos Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC, en anglais). Il y a toujours eu une coopération dans le domaine sécuritaire. Même actuellement, nous sommes engagés avec la gendarmerie malienne et avec d’autres forces de sécurité du pays, avec le ministère de la justice aussi pour augmenter la qualité de la gouvernance et la qualité du civisme.

 

Les Echos : Les USA, votre pays, vient d’avoir un nouveau président en la personne de Joe Biden. Cela veut-il dire qu’il y aura un changement dans la coopération entre l’Amérique et le Mali ?

D. B. H. : Je suppose que oui. Mais, probablement pas de manière radicale. Les grandes lignes resteront les mêmes. Durant les vingt dernières années, notre coopération, notre approche, particulièrement dans les pays qui ont des problèmes de stabilité, comme c’est le cas du Mali, à cause des menaces terroristes, notre approche donc s’est toujours appesantie sur trois axes. 1) l’assistance sécuritaire. 2) l’assistance pour le développement. 3) l’assistance pour parvenir à la bonne gouvernance. Bien entendu, les trois sont étroitement liés. C’est difficile d’avoir le développement économique s’il n’y a pas de stabilité. Pareillement, il est difficile de prétendre à la sécurité s’il n’y a pas de bonne gouvernance et de développement. En général, pendant le mandat du président Trump, il y avait un accent plus appuyé sur les questions de sécurité. Mais, on n’a pas oublié les autres domaines. Avec le changement de gouvernement ayant conduit à l’arrivée du président Biden, il y a la possibilité de voir de nouvelles priorités, mais il faut attendre un ou deux mois avant qu’une autre équipe pour les affaires africaines s’installe.

Déjà, l’un des premiers actes du président Biden a eu un impact direct sur le Mali. Il a décidé de réintégrer l’OMS. Au même moment, le Mali a annoncé le programme de vaccination. En décidant de revenir au sein de l’OMS, Biden a décidé que les USA vont participer à la coalition mondiale pour favoriser l’accès au vaccin des pays en voie de développement. Cela veut dire qu’il y aura une assistance américaine plus accrue dans ce cas. Il y a déjà l’assistance bilatérale Mali-USA. Mieux, les USA vont s’impliquer davantage dans l’assistance multilatérale au profit du partenaire malien. 

Aussi, sachant qu’il y a plusieurs Maliens qui résident aux USA, la décision du président d’engager une réforme de notre système d’immigration avec, comme point focal, la question des personnes qui sont en situation irrégulière, pourrait avoir un impact direct sur le Mali.

 

Les Echos : Excellence, quelle est votre analyse sur la situation politique, sécuritaire et même sanitaire du Mali ?

D. B. H. : Il y a toujours des difficultés pour le Mali. C’est le cas depuis longtemps. Sur le plan sécuritaire, notre approche ici, particulièrement durant cette transition, c’est de voir le problème dans sa globalité : Sud, Centre, Nord ; c’est étudier le problème en un tout. Donc, les priorités fixées par le gouvernement malien de Transition (échéances électorales, réformes constitutionnelles, élection présidentielle au commencement de 2022, attention particulière accordée à la lutte contre la corruption) sont tout à fait en accord avec nos priorités à nous. Nos estimations nous font penser que les autorités de Transition sont de bonne foi. Nous cherchons sans cesse ensemble la possibilité d’aider et d’améliorer les choses dans le sens global.

Concernant le Nord, nous entrevoyons une fenêtre d’opportunités. Pour la première fois depuis longtemps, les groupes signataires de l’Accord d’Alger sont membres du gouvernement. Cela a changé la dynamique dans les négociations. Ce n’est plus l’Etat malien contre les groupes armés. Mais, c’est l’Etat et les groupes armés qui œuvrent ensemble. Dans ce cas, nous voyons la possibilité de parvenir à cette unité entre Maliens, et de la renforcer. Il s’agit de renforcer la présence des services administratifs sur le territoire, mais aussi d’accélérer le processus de décentralisation et d’aller vers la pérennisation de forces de sécurité qui sont représentatives de toutes les populations. Cette adhésion des groupes signataires à l’équipe gouvernementale va dans le très bon sens.

C’est dans le Centre que la situation me semble être la plus préoccupante. Il y a plusieurs déplacés, des réfugiés. On constate que la présence des groupes terroristes s’y étend plus fortement. Nous voyons que, maintenant, les attaques touchent aussi les régions de Kayes, de Sikasso. Nous pensons que cela découle du renforcement des groupes terroristes dans le Centre. Certes, il y a des efforts sécuritaires. Mais, nous voyons comment les terroristes cherchent à alimenter les conflits intercommunautaires. Là, notre approche, c’est d’aider le G5 Sahel, c’est accroître les efforts pour élargir les zones de sécurité. En même temps, nous travaillons à ressouder les liens entre les groupes ethniques parce que nous savons que la stratégie des terroristes consiste à créer des tensions et à créer des divisions.

 

Les Echos : Quelle lecture faites-vous de la conduite de la Transition au Mali ?

D. B. H. : Alors… Je note que nous avons imposé des sanctions. Mais, même avant le changement de régime, la tendance était déjà négative. C’était lié à la présence des enfants au sein des belligérants, soit dans les camps militaires, soit avec les groupes signataires de l’Accord. Avec les efforts de la CEDEAO, de la communauté internationale, le Mali est arrivé à mettre en place un gouvernement avec un président et un Premier ministre civil. Aussi, comme je l’ai dit, les priorités fixées par ce gouvernement sont positives. Mais nous voyons qu’il y a encore certaines difficultés. Malgré tout, nous sommes tous engagés pour améliorer la transparence dans la gestion du gouvernement, pour améliorer le rôle des femmes et de la société civile. Donc, en ce sens, notre approche est multilatérale et transversale.

 

Les Echos : Excellence, en ce début d’année, quel est votre message pour le peuple malien ?

D. B. H. : Je pense qu’il y a cette actualité de notre propre expérience aux USA. A ma connaissance, nos élections récentes ont peut-être été les plus difficiles que nous ayons vues dans notre histoire. Pour la première fois, il y a eu des accusations. Il y a des personnes qui ont protesté parce qu’une certaine partie de la population n’a pas accepté les résultats. Alors, le message principal du Président Biden, pour son mandat commençant, c’est d’appeler à l’unité. L’unité, pour nous, n’a pas tout à fait la même sémantique qu’en français. Elle ne signifie pas chez nous la fin des divergences. Il faut respecter les divergences de vues et écouter les gens qui ont des idées différentes. Chez nous, les élections ont secoué toutes les institutions démocratiques. Mais, nous pensons que ces institutions sont sorties plus fortes de cette épreuve.

Au Mali, depuis dix ans, toutes les institutions sont en difficulté. C’est le moment de repenser l’échafaudage institutionnel entre Maliens. Et nous, les partenaires aussi bien bilatéraux que multilatéraux, nous sommes là pour accompagner et aider les Maliens à réussir ce processus pour un Mali nouveau.

Interview réalisée par

 Lévy Dougnon



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