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Société

COVID-19 Après Bamako, Tombouctou région la plus touchée




Jusqu’au 9 mai dernier, Tombouctou n’avait pas encore connu de cas de Covid-19. Depuis, c’est une explosion soudaine des cas à laquelle les populations assistent.

 En seulement deux semaines la région a enregistré près de 70 cas. Aujourd’hui la région a franchi la barre des 180 cas. 11 personnes sont décédées dont 9 en dehors du centre de traitement.

2ème région la plus touchée

Dernière région a enregistré des cas, Tombouctou a volé aujourd’hui la vedette aux autres régions. Une situation qui n’est pourtant pas surprenante selon le Dr Souleymane Sanogo, infectiologue et chef de division santé à la direction régionale de la santé. Cette poussée figurante des cas s’explique par une particularité : le dépistage massif, volontaire et précoce.

Dans la région, le suivi des personnes contacts est facilité par leur disponibilité à recevoir les agents sanitaires chaque jour. Au bout des 14 jours de suivi, les personnes elles-mêmes demandent à être testées pour avoir le cœur net. C’est ainsi que pour un seul jour, on peut tester près de 100 personnes. Dans les autres régions, le dépistage n’est pas aussi massif.

Nier l’existence de la maladie

Parmi la population, il y a une part importante de personnes qui doutent toujours de l’existence de la maladie et qui continuent de fouler aux pieds les mesures barrières. Les cérémonies sociales, comme hier,  regroupent  une procession d’individus sans aucune précaution, ni masque, ni distanciation sociale respectée. « A Tombouctou, la montée des cas est entretenue par la négligence, l’insouciance et la fuite en avant des autorités. Messieurs Koina Ag Ahmedou et Aboubacrine Cissé, respectivement gouverneur et maire. Vous êtes responsables de ce qui arrive à la ville de Tombouctou. Levez-vous et faites face à votre devoir. Prenez des mesures de protection pour briser la chaine de contamination de la Covid-19», alerte Pasteur Abdoulaye Cissé, leader religieux à Tombouctou

Pourtant un patient guéri alerte la population sur l’existence et les dangers de la maladie : « Le point commun entre ces morts de Covid-19 est une détresse respiratoire à Tombouctou. La cause est connue des autorités sanitaires. La Covid-19 est une réalité à Tombouctou. Le dépistage précoce est nécessaire », prévient Harandé Touré, un enseignant à la retraite, guéri du Covid-19.

Des soupçons de contaminations au sein de l’hôpital

En ville, il se dit que plusieurs personnes ont été contaminées au sein même de l’hôpital, une rumeur que dément l’infectiologue Souleymane Sanogo pour qui toutes les dispositions sont prises pour éviter des contaminations au sein de la structure.

Renouer avec le couvre-feu

Pendant que le couvre-feu est toujours levé dans les autres régions, les autorités régionales ont réuni les chefs coutumiers et religieux afin de renouer avec le couvre. Une mesure locale qui permettra d’éviter  une vague importante de contamination. Cette décision diversement a été contestée par une partie de la population. Le gouverneur Koina Ag Ahmedou s’est finalement ravisé. Les populations peuvent continuer à vaquer à leurs affaires la nuit.

« Monsieur le gouverneur de la région de Tombouctou, le couvre-feu n’a pas son sens. Oublions cela et faisons quelque chose qui va nous être utile. Il faut par exemple faire des formations sur le Covid-19 dans tous les quartiers. Faire le porte à porte aussi est une solution. Il faut mobiliser les forces de l'ordre pour qu’il n’y ait plus de regroupement (mariage baptême, concert et autres) », propose Mohamed Lamine Cissé, infirmier à Tombouctou

Réception d’un labo mobile.

Avec près de 130 cas cumulés Tombouctou, la ville a réceptionné un laboratoire mobile flambant neuf en fin de semaine passée. La réception de ce joyau intervient quelques jours seulement après la visite du ministre de la santé et des affaires religieuses, Michel Sidibé.

« 𝙇𝙖 𝘾ovid-19, 𝙘𝙚 𝙣'𝙚𝙨𝙩 𝙨𝙚𝙪𝙡𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙪𝙣𝙚 𝙢𝙚𝙣𝙖𝙘𝙚 𝙥𝙤𝙪𝙧 𝙣𝙤𝙪𝙨. 𝘾'𝙚𝙨𝙩 𝙖𝙪𝙨𝙨𝙞 𝙥𝙤𝙪𝙧 𝙣𝙤𝙪𝙨 𝙪𝙣𝙚 𝙤𝙥𝙥𝙤𝙧𝙩𝙪𝙣𝙞𝙩é  à 𝙨𝙖𝙞𝙨𝙞𝙧𝙥𝙤𝙪𝙧 𝙧𝙚𝙣𝙤𝙪𝙫𝙚𝙡𝙚𝙧 𝙤𝙪 𝙧𝙚𝙣𝙛𝙤𝙧𝙘𝙚𝙧 𝙣𝙤𝙩𝙧𝙚 𝙥𝙡𝙖𝙩𝙚𝙖𝙪 𝙩𝙚𝙘𝙝𝙣𝙞𝙦𝙪𝙚«, avait indiqué Michel Hamala Sidibé, face à la presse lors de sa visite au centre de prise en charge des malades de la Covid-19. Quelques jours après une partie des promesses est réalisée au grand bonheur des populations. Dans la foulée, l’hôpital régional et la direction régionale de la santé ont respectivement eu dans le cadre de la lutte contre la maladie, respectivement 80 et 50 millions chacun.

Des spécialistes venus de Bamako

Le professeur Boureima Koriba, directeur du centre d’infectiologie Charles Merieux et son équipe pourront tester près de 160 échantillons par jour pour un délai de 4 à 6 heures. Une solution qui vient soulager les populations de la cité mystérieuse, située à environ 1000 kilomètres de Bamako ou s’effectuait les tests.

Des efforts au plan local

Dans le cadre des initiatives locales, l’autorité intérimaire de la région a alloué 70 millions, environs 30% de son budget destiné au programme partenariats pour l'exercice d'une gouvernance appropriée (PEGA5), financé par la Coopération suisse au Mali. Pour le président de l’autorité intérimaire, Boubacar Ould Hammady, il faudra surtout miser sur changement de comportement au sein des communautés pour soutenir l’action des partenaires dans le cadre la lutte contre la pandémie.

L’initiative « Un malien, un masque » qui a tardé à pousser plusieurs associations de la région à procéder à des sensibilisations et distributions de masques lavables.

Des rumeurs en ville faisaient croire que les malades de Covid-19 bénéficient d'une prise en charge de 30 000 FCFA par jour. « Des allégations qui sont complètement fausses, des rumeurs méchantes. Nous sommes partis au centre pour la santé pas pour de l’argent. Si des gens pensent que nous recevons de l’argent, ils peuvent tomber malade et rejoindre le centre, ils sauront si on nous donne de l’argent ou pas », se lamente un patient guéri qui a rejoint son domicile.

A Tombouctou, le grand défi reste la persistance de certaines personnes qui ne croient toujours pas à l’existence de la maladie, et qui continuent de fouler au pied les mesures barrières.

Des tests massifs

Après, Bamako, la capitale malienne, Tombouctou tient la tête de peloton avec près de plus de 180 cas cumulés à la date du 03 juin 2020. 17personnes sont sorties du centre de traitement, 11 personnes en sont décédées dont 9 en dehors du centre de traitement. 

146 patients  sont à Tombouctou  ville et 25 au niveau du camp de la Minusma. Les femmes représentent 20%, contre 80% pour les hommes.  La tranche d’âge (15-34) est  la plus touchée. Elle représente 45% des cas positifs. 18 enfants dont deux enfants sont guéris et rejoint leurs familles.  11 cas de décès ont été enregistrés dont 4 post mortem, 5 avant l'admission au centre de traitement et 2 au niveau du centre.

406 personnes contacts sont aujourd’hui sous  surveillance. Depuis, le mise en place  du laboratoire mobile, le vendredi 29 mai, le dépistage de masse des contacts se poursuit.

Mohamed Koureichi, directeur de la cellule communication Covid-19 Tombouctou estime que  le dépistage massif reste une stratégie très efficace : « Certes, avec le dépistage de masse le nombre de cas positifs augmente et devient à la limite inquiétante. Elle permettra dans un temps raisonnable la diminution de la transmission de la maladie. Avec la conjugaison des efforts, cette pandémie sera sous contrôle. Encore plus de vigilance et d'engagement individuel et collectif ».

Gandatchè



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