news-details
Société

APRES DES MOIS DE GRÈVES ET AVEC LE COVID: La réouverture des classes est-elle opportune ?




Dans son allocution du 09 mai 2020, le Premier ministre Boubou Cissé a annoncé la prolongation de la fermeture des écoles jusqu’au 2 juin prochain. Et dans la foulée, le ministère de l’Education nationale s’est fendu d’un communiqué annonçant la reprise des cours pour les classes d’examen à la même date. Juin étant normalement la période des examens dans notre pays, il est clair que le gouvernement va réaménager le calendrier scolaire et académique sur au moins trois mois. Et pour la grande majorité des élèves et étudiants qui ne sont pas en classe d’examen, qu’est-ce que qui va se passer ? A notre avis, les parents d’élèves ne doivent pas accepter le colmatage qui a eu lieu l’année dernière au mépris du niveau des apprenants.

Est-il responsable de rouvrir l’école et dans quelles conditions ? La question nous taraude sans cesse l’esprit. Et nous ne sommes pas sans doute les seuls. Beaucoup de parents se posent les mêmes questions sans pour autant trouver une solution rassurante à cette difficile équation.

Plusieurs raisons militent malheureusement pour année 2019-2020 blanche au Mali. Elles sont d’abord sanitaires. Tout laisse croire que notre pays n’a pas encore atteint le pique de la pandémie qu’il faut envisager entre fin juin et début juillet. Et cela d’autant plus que même si un traitement plus efficace ou un vaccin est trouvé d’ici, l’Afrique ne sera pas parmi les premiers bénéficiaires.

Et il ne faut pas se voiler la face, les gestes barrières ne sont que relativement respectés dans notre pays. Et la levée du couvre-feu a provoqué un relâchement dans leur observation dans un contexte où ils sont nombreux ceux qui vous disent clairement qu’ils ne croient pas que la Covid-19 existe. Sans compter qu’avec des effectifs pléthoriques presqu’au niveau de tous les ordres d’enseignement, il serait suicidaire de vouloir imiter la France qui est toujours la parfaite référence pour nos autorités politiques.

Donc en matière de réouverture des écoles, l’avis motivé du Comité scientifique doit être prioritaire. Ce qui ne semble pas avoir été le cas pour la levée du couvre-feu. Cédant plutôt à la pression de la rue, IBK et son gouvernement ont fait fi des recommandations de ce comité. Face à tous ces constats défavorables, la réouverture des écoles serait une décision prématurée, immature et irresponsable parce que personne ne peut dire aujourd’hui avec certitude que le «pire est derrière nous».

Il est aussi clair que la réouverture des classes suppose un réaménagement du calendrier scolaire. L’année risque ainsi de se prolonger en août avec un mois de septembre consacré aux examens. Une option contrariée par les aléas climatiques. Nos décideurs prennent toujours leurs décisions avec Bamako comme référence. Mais, même dans la capitale, ont peut tranquillement étudier dans combien de classes d’écoles de base sous la pluie et les intempéries ?

Nous n’allons pas appuyer sur la plaie en vous rappelant le triste tableau des conditions d’apprentissage dans des écoles (publiques et privées) avec des enfants qui n’ont souvent comme abri qu’un hangar de fortune. Et comment ceux peuvent-ils étudier régulièrement en hivernage ? C’est de l’utopie. Oui à l’éducation, mais pas au péril de la vie de nos enfants.

Des générations sacrifiées pour des considérations politiciennes

La derrière raison est pédagogique. «Que le gouvernement ne se leurre pas. Ce n’est pas la Covid-19 qui a entraîné la fermeture des classes, mais l'article 39. Réglez le fond d'abord avant de penser à rouvrir les classes», a récemment publié un activiste sur les réseaux sociaux. Effectivement, l’actuelle crise sanitaire a commencé alors que les enseignants des écoles publiques étaient en grève depuis environ trois mois. Et selon nos informations, on est toujours loin d’un accord, même de principe, entre les protagonistes.

A qui cela sert-il d’ouvrir les classes  si c’est pour rester dans la même impasse ? Et quelle serait l’utilité d’organiser des examens pour des élèves et étudiants qui n’ont pas étudié depuis deux ans ? En effet, à ce rythme, on s’achemine vers le même scénario que l’année dernière : le gouvernement fait le pressing pour obtenir un accord (plus politique que pédagogique) de dernière minute. Et pour se donner bonne conscience, on reprend les cours pour quelques mois, tanpis  pour le niveau des enfants.

Ainsi, pendant l’année scolaire 2018-2019, les cours avaient repris le travail le 13 mai 2019 après presque cinq mois d'arrêt. Et presque trois mois après, les examens ont été organisés. Objectivement, quelle est la valeur pédagogique du DEF et du BAC de l’année dernière ? On va à l’école pour apprendre, acquérir des connaissances… Si cette finalité n’est pas garantie, l’éducation perd son sens et ses valeurs.

Que faire alors ? Accepter ce qu’on a refusé l’année dernière pour des raisons politiques : l’année blanche ! Mais, ce n’est pas pour croiser les bras en attendant la prochaine année. Cette décision doit plutôt permettre au gouvernement d’entamer avec tous les partenaires de l’Ecole de vraies négociations, notamment les syndicats d’enseignants signataires de l’accord du 15 octobre 2016.

Négocier un moratoire pour reprendre sur une bonne dynamique

Et il faut y impliquer des personnalités réputées pour leur franc parler et aussi pour leur intégrité morale, qui sont donc capable de faire entendre raison au gouvernement et aux syndicats, ainsi que les responsables de toutes les centrales syndicales du pays. Le pays ne manque de ressources humaines dans ce sens.

Seulement, ce sont des gens qui se sont volontairement  mis à la touche parce qu’ils ne veulent pas servir de pions voire marionnettes pour des fins politiques. Et dès qu’ils ont la garantie d’une marge de manœuvre garantissant leur indépendance et ne contrariant pas leur honneur et leur dignité, ils seraient disposés à se mettre au service de la nation.

Qu’est-ce qui peut-être fait de façon raisonnable pour contenter les enseignants grévistes ? Quelles concessions ceux-ci doivent-il accepter pour l’intérêt de la nation ? Il faut un vrai débat démocratique arbitré par ses personnalités pour que chacun vide son sac sans passion.

Au finish, nous sommes convaincus qu’ils parviendront à un accord (un mémorandum instaurant un moratoire de 5 à 10 ans sur les revendications syndicales du secteur) parrainé et garanti par des personnalités influentes du pays comme le président du Conseil national du patronnât (CNPM), celui du Haut Conseil islamique (HCI), l’archevêque de Bamako… Et parce qu’il est clair que la confiance est rompue entre les syndicats et le gouvernement. Ce qui explique l’enlisement des négociations.

Sinon, à ce rythme, ont est sûr de se retrouver chaque année dans la même impasse préjudiciable aux enfants qui sont les principales victimes de ce bras de fer entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants signataires de l’accord du 15 octobre 2016.

Décréter l’année n’est pas une décision aisée à prendre par un pouvoir, car elle est lourde de conséquences politiques et économiques voire sociales… Mais, c’est aussi l’occasion où jamais d’aplanir les différends pour repartir sur une base plus solide à partir de la prochaine rentrée scolaire et académique. C’est la condition sine qua non pour sauver l’école publique, ou du moins ce qui en reste.

Toujours est-il que nos décideurs doivent avoir toujours à l’esprit que «gouverner c'est aussi savoir prendre de la responsabilité et des risques même politiquement désavantageux face à l'intérêt supérieur» !

Moussa Bolly

 



  • TAGS

You can share this post!